• N217

Axelle ou Les Délicates Attentions

Du violet, du rose, peut-être du rouge. Probablement du jaune plus tard. Ou du vert.

Tout le monde ne peut se flatter de s'être muté en un Francis Bacon des temps modernes au sortir d'un long voyage avec sa créatrice.


Ce sont les couleurs qui ornent ma peau depuis hier. Des stigmates que je contemple avec émotion et qui sont encore âprement accrochés à ma chair. Pourtant, je sais très bien que dans très peu de temps - et cela a débuté avant même d'écrire ces quelques mots - ces couleurs seront changeantes, deviendront insaisissables car trop floues. Elles ne seront plus qu'une ébauche de fin, sans trop de matière.

Ainsi, je me débattrai avec des souvenirs d'un moment passé, usés par le temps, et surtout rompus par ma volonté de les faire renaitre.


Mes tétons aussi ne sont pas en reste. Ils sont proéminents et me font mal quand je les touche. Mon entrejambe aurait des choses à dire.


La belle Axelle ce jour-là, avait oeuvré, avec énergie et bienveillance, à faire de moi cette jolie toile.

Et elle l'avait signée.


*******


Que de visions courtisèrent mes pensées durant cette attente qui me séparait d'Axelle! Non pas que l'attente fut longue. Mais elle fut emplie d'émotions et d'appréhensions.

J'allais vivre une fois de plus un moment intime et d'une courte vie. J'allais (re)découvrir Axelle, sa manière d'être, de "jouer", et de ne pas se dévoiler.

Ce jour-là j'étais un peu fébrile car ce sont des instants rares pour moi et puissants. Et puis, si nous sortons indemnes d'un tel échange, à quoi bon le vivre? Comment peut-on percevoir l'approche d'une telle rencontre avec l'autre, comme la seule exalation d'une libido ?


Pour la seconde fois, je fus au rendez-vous. Ce jour là fut une autre première fois.

La pureté du souvenir que nous laisse un visage, une attitude, ou un moment la toute première fois a sa propre poésie et n'appartient qu'à elle-même. Elle demeurera un rêve aux lignes evanescentes, que l'on tentera d'attraper en tordant son esprit tant bien que mal pour en redéfinir la courbe et l' emprisonner dans sa mémoire.

En réalité, ce souvenir sera souvent revêtu d'un voile naif d'émotions fortes.


Il me hâtait de retrouvait Axelle, beauté éthérée, et ses délicates attentions. Il me hâtait tout autant de déposer ma vertu pour cet instant imparti.


*******


Une robe, couleur crème, légère, très longue, émana de l'ouverture de la porte.

Une silhouette élancée, qui n'appartient à aucune époque, s'érigea de trois-quarts, perchée en hauteur.

Un sourire. Des lèvres bordées d'écarlate, aux jolis contours, qui rappellent ces bouches des années folles si subtilement esquissées. Ces lèvres qui quelques instants plus tard gouverneront, rompront le silence. Ces lèvres qui auguraient déjà de si beaux émois.

Sa robe, portée par une démarche affirmée et aérienne, balayait l'air qui commençait à devenir froid.

Une robe à l'allure presque virginale qui bien avant de se laisser choir, plus tard, entre mes mains, fera lever le rideau annonçant le début d'une danse homérique.


Ah! Comme Axelle se plaît à nous tromper!

Peut-on se douter qu'un démon de perversité se cache derrière un air si juvénile et des yeux si mutins? Un démon dont les promesses attendues sur le voyage qui s'annonce, planent jusqu'à nos âmes débiles et avides de se remplir? Des promesses - qui seront tenues, bien que mystérieuses - pour mieux nous faire traverser, lentement, le lac des enfers!


Quel joli personnage. Avec sa robe vaporeuse, sa longue chevelure ébène, dégagée sur le côté, sa beauté anguleuse, ce nez long romantique, Axelle m'apparut comme la Ligeia d' Harry clarke.


Je sus alors que je retrouvai la beauté particulière qui m'avait tant bouleversée la première fois.


*******


"Pas besoin de grill, ici l'Enfer c'est Axelle".

Ne devrait-on pas dire cela lorsqu'on a "le pied dans la porte" du Trois Mâts?


Désormais, dans ce Huis-Clos, Axelle et moi serions nos miroirs respectifs, et glanerions l'une dans l'autre ce qui serait le fondement de notre échange.

Et inutile de dire qui serait le bourreau.

Je tenterai alors de lui offrir avec toute ma dévotion, ma souffrance et ma pudeur - et bien sûr ma confiance - au travers desquelles, j'imagine, elle se nourrira.


Elle est pour moi ce petit morceau de gâteau, cette douce gourmandise. Cette petite part de lumière, que l'on a précieusement gardée pour moi en attendant mon retour.


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Après quelques courtes minutes, je m'apprêtai à déposer ma veste. Axelle se trouvait à quelques mètres de moi. A peine eut-elle prononcé quelques mots qui volèrent jusqu'à moi, que je devinai la suite : "Vous n'avez pas...". Elle me trouva bien trop frêle par rapport à notre première entrevue. Rien n'était moins vrai. Cela m'indisposa mais je ne le montrai pas.

Je fus très étonnée qu'elle remarquât ce point. Je dois dire qu'Axelle eut l'oeil aussi aiguisé que sa beauté.

Bien sûr, pour les raisons évidentes que l'on peut deviner - comme la santé et la sécurité - je compris son observation. Cela ne fit que pointer aussi une partie des qualités, comme certainement l'empathie j'imagine, inhérentes à une activité dans laquelle l'on est amené à prendre soin de l'autre.


*******


Je fus invitée à me doucher et à mettre ma tenue de présentation.

Pour ce second rendez-vous, j'avais beaucoup réfléchi. Je voulais être jolie pour Axelle.

Dépendante de son regard, je fis le choix d'arborer mes pinces à seins, que je commence à affectionner particulièrement, Axelle m'en ayant fait découvrir et apprécier une partie de leurs fonctionnalités.

Je portai des bas noirs fleuris, et aussi... comment pourrais-je appeler ça? Une "suggestion" de sous-vêtements dirais-je, que je trouvais très délicate. C'était également pour moi une manière de rester "ouverte" pour Axelle, car une soumise doit toujours se montrer offerte pour sa Maîtresse. D'ailleurs, elle trouva cette tenue originale.


M'apprêter à / et pour voir Axelle, c'est comme me préparer pour un rendez-vous galant, sauf qu'en tous points cela n'en est pas un. Cela peut sembler triste et dans l'absolu, il y a sûrement une certaine mélancolie à tout cela. Mais c'est aussi, en partie, de bien autre chose dont il s'agit, et cela se passe dans une toute autre sphère.

Axelle, avec toute sa subtilité, me permet d'"être". De rendre l'abstrait concret. D'exhumer toutes les belles profondeurs qui vont bien au-delà de la simple jouissance physique.

Mais tant de choses m'échappent encore aujourd'hui, que je ne pourrai m'épencher plus.


*******



Une fois apprêtée, je descendis les marches, pour rejoindre Axelle dans ma tenue.

Hélas...

Je dois avouer, à regret, que le prologue de cette rencontre fut des plus laborieux.


Il y a bien longtemps, quelqu'un m'a dit: 'Je me sens comme "l'Albatros" de Baudelaire'. Je ne connaissais pas.

En ce tout début d'apres midi chez Axelle, je n'ai jamais aussi bien compris. Je fus l'Albatros sur le Trois Mâts: "gauche", "comique", "maladroite", "honteuse". J'étais "Exilée sur le sol au milieu des huées", pour reprendre ce joli vers.

Et Pourtant! C'est bien lorsque je quitte la belle Axelle que je me sens exilée!


J'occultais involontairement l'un des préceptes essentiels que se doit d'adopter une soumise digne lorsqu'elle se présente à sa Maîtresse: L'attitude. La tête et le dos bien droits, les jambes écartées, toujours offerte.

J'omis également de me remémorer les règles si chères à Axelle, qui m'échappèrent dans une pluie battante de confusion et dont le clapotis résonne encore dans ma tête.


Comment fut-ce possible? Peut-être n'avais-je pas déposé tous mes bagages avant d'entrer au Trois Mâts? Ou bien étais-je trop émue de revoir mon "petit Secret" ce jour là?


J'étais dans une gêne indicible. Etriquée dans mon corps. Je ne pouvais plus affronter le regard de cette jolie Méduse. Elle me conseilla de baisser la tête pour chasser l'embarras.

Ma seule envie à ce moment, fut que son joli cou ou l'une de ses épaules, abritât pendant un instant mon calvaire.


Axelle fut conciliante. Elle me fit remarquer que tous ces manquements méritaient bien une gifle. Elle n'en fit rien. Avec toute sa délicatesse, et son humour, elle sut tourner les choses en dérision. Et je crois qu'elle fit bien. Par ailleurs, dans la matinée, je lui avais envoyé une missive lui demandant s'il était possible de commencer doucement.

Je ne suis pas très rompue à certaines...frivolités.


Fut-elle un peu décue? Je ne saurais réellement le dire. Et peut être n'ai-je pas l'envie de le savoir.

Mais peut-on toujours être égal à soi-même? Tout est-il toujours si limpide qu'il ne faut jamais craindre de décevoir l'autre? Et surtout, n'est-il point permis de se laisser apprivoiser lentement?

Je l'espère.


Comme le dit quelqu'un que j'aime beaucoup: "Le plus dur n'est pas de faire, mais de commencer."


Je suis désolée pour ce moment Axelle. Lors de notre prochaine entrevue, je ferai de mon mieux pour me montrer digne de votre présence à mes côtés.


Dans une telle émotion ma propre odeur sous mes bras m'indisposait. Axelle approcha vivement son visage, sentit et me dit: "les fluides c'est quelque chose de naturel". Axelle aime la perte des fluides.


Posée sur la cage, je remarquai la fucking machine.


*******


Axelle avait chaud.

Elle ouvrit tout en élégance sa robe par le devant, pour laisser place à une autre légèreté, des sous-vêtements noirs: soutien gorge, porte-jarretelles, tanga. Et des bas beiges. Ce fut troublant à contempler et si ravissant.


J'avais pour elle un présent qu'elle voulut essayer. Elle m'invita à la défaire de sa longue chrysalide beige. Sous mes doigts sa silhouette raffinée se dévoila.

Un joli bonbon qui s'effeuille.

Axelle n'était pas en tenue d'Eve. Et pourtant. Derrière sa futilité qui nous abuse, je vis à cet instant ce serpent, enroulé tout autour d'elle. Lascif, il me fixait.

Sa tête s'accrochant à son cou si fin. Son corps froid ondulait, embrassant de temps à autre ses seins, étreignant le contour de ses hanches, s'attardant sur son séant pour en apprécier tout le galbe d'une rondeur affolante.

Axelle est à la fois le désir et la tendresse.


Je l'aidai à essayer mon présent. Malgré quelques gros efforts alambiqués, nous réussîmes. En choisissant ce cadeau, je l'avais imaginé sur elle. Sobre, classe, noir. Il tombait élégamment sur sa silhouette. Je la sentis enjouée et sincèrement ravie.


J'étais encore embarassée par les premiers instants difficiles et Axelle me dit que je pouvais la serrer dans mes bras. Quel apaisement et quelle douceur que de l'encercler.

Je commençai alors,lentement, à décompresser.


Etant donné que l'on ne pouvait pas parler de "spermission" , Axelle décrèta sur l'instant qu'on parlerait d'"orgasmission". En attendant probablement de trouver mieux.


*******


Elle m'attacha un collier autour du cou. Détacha les pinces qui étaient sur mes seins. Placidement, elle examina mon con et y fixa les pinces sur les grandes lèvres. Elle se pencha plusieurs fois pour faire des ajustements. J'écartai un peu les jambes.


Cet instant pour moi fut comme un "pont", une transition. Une douce synchronisation entre Axelle et moi. Je lui déléguai en quelque sorte, tout.

L'ordalie commencerait alors.


Axelle attentive et prudente, enlevait parfois les pinces pour les replacer. Elle tira sur la chaine plusieurs fois, testa, jaugea. Fut à l'affût de mes réactions, des mes "approbations" peut-être, guidée par mes soupirs ou mes plaintes.

Je dois bien dire que pour moi, ces pinces ont une mâchoire pour le moins coriace. C'est sûrement aussi pour cette raison que je les ai adoptées.


Axelle était comme un aigle inquisiteur, qui gracieusement, flottant dans cette apesanteur pleine de délicatesse -et un peu lubrique- tournait autour de sa proie, lui assénant de temps à autre le gôut de ses griffes métalliques.


Comment peut-on se céder à l'autre, sans sentir chez lui une acuité, une bienveillance? Ou au moins, sans l'estimer ? Ne faut-il pas avoir une espèce de 6ème sens, ou un intérêt, quelqu'il soit, pour celui qui se donne, afin de l'entreprendre de la plus belle des manière?

Axelle a toute cette sensibilité. Elle m'emmènera encore une fois vers des routes non prises.

Avec elle, je suis comme Blanche neige: Je croquerai dans toutes les pommes qu'elle me tendra, fussent-elles infestées d'aiguilles ou d'agrafes, tant je sens sa loyauté, et tant je me sens en sécurité entre ses grandes mains griffues.

Elle est ma jolie sorcière qui se transformera en Cendrillon et qui, l'heure venue, s'évaporera sans même oublier un long talon de verre...


Axelle fit de moi son pantin tourmenté. Ainsi, toute l'heure du bal, en grande marionnettiste, elle n'aura de cesse de s'amuser avec les cordes, tirant à son gré sur les fils du plaisir et de la douleur. Pour simplement me donner vie. Alors oui, si c'est ainsi, je veux bien qu'elle m'articule, me désarticule, autant de fois qu'elle le voudra.

Nous étions reliées l'une à l'autre par cette chaine.


Elle décidera maintes fois, d'une main qui semblait si légère et nonchalante, de tendre la chaine. J'avais mal. Le métal des pinces ainsi hissées, tirant sur ma chair, s'appuyant sur mon con et frôlant un peu mon bouton - mêlé au son de sa voix - était un doux supplice qui me rendit...humide. J'étais loin de me douter de ces sensations lorsqu'elle attacha les pinces sur mon sexe.

Sans la présence d'Axelle, mon plaisir perdait toute son essence. Je commençais un peu à lâcher prise.


Ensuite, elle attacha un harnais à une boucle du collier et joigna l'autre partie à la chaine en métal de mes pinces. Et tira, bien sûr, encore sur la chaine.

Elle m'oscultera, effleurera mon petit bouton. Elle me fit remarquer que j'étais mouillée et me donna son doigt à sucer. Je crois aussi me rappeler qu'elle cracha sur mon intimité.


J'ai adoré tout ce moment.


Elle me pinca fort les tétons et me dit qu'ils ne tarderaient probablement pas à saigner. En effet, ils saignèrent 3 ou 4 jours plus tard.