Indociles, En finir avec le couple, Paradoxal et autres joyeusetés culturelles

Allez, je lance une nouvelle chronique : le billet Q-turel. Si le sujet des sexualités créatives vous interesse au delà des pratiques, peut-être trouverez-vous dans ces quelques recommandations de quoi nourrir votre sapiosexualité.


  • "Les indociles", pandémie et fantasmagorie

Commençons par le film "les Indociles" dont la sortie en salle n’est pas encore programmée mais que j’ai eu l’opportunité de voir en présence de l’équipe du film.

Le Pitch : pendant le 1er confinement, un hôtel de luxe tenu par un certain Felix, héberge trois travailleurs du sexe (deux femmes, un homme), un couple en crise, une soignante au bout du rouleau, une femme et son enfant victimes de maltraitance. Nous voyons défiler la vie de ses personnages pendant les semaines où la France a été mise entre parenthèses.

C’est un huis-clos fantasmagorique assez plaisant mais certaines scènes m’ont fait bondir, notamment lorsque les rapports sexuels actrices/réalisateurs sont légitimés sans que le rapport de pouvoir soit questionné. Comme le sujet revient deux fois, c’est à se demander si les réalisateurs tentent maladroitement se dédouaner de leurs propres travers. Le phénomène #metoo et le scandale Weinstein n'est pas passé par eux...

Autre questionnement : les travailleurs de l’hôtel (dont les escorts) sont toujours pieds nus, alors que le patron et les clients portent des chaussures matérialisant ainsi le rapport de pouvoir. Mais pourquoi ? On repense à ce pauvre elfe de maison d'Harry Potter qui ne pouvait devenir libre qu'à la condition d'avoir une chaussette..

Enfin, le sujet du travail du sexe n’est pas politisé (on ne parle pas de la difficulté d’exercer dans un pays abolitionniste) mais il n’est pas non plus victimisé. Ces trois personnes l'ont choisi pour différentes raisons, sans la contrainte d’un méchant proxénète. Personne ne cherche à les sauver de leur « descente » dans la prostitution et personne ne les agresse. C’est une vision fanstamée qui est proposée mais elle participe au changement de représentation des métiers du sexe au cinéma et rien que ça, c'est positif.

Notons, pour la petite histoire, le malaise ressenti par certains de mes interlocuteurs quand je me suis présentée comme dominatrice professionnelle à l’équipe du film. Faire un film sur le travail du sexe oui mais les cotoyer …


  • Visions moites du Japon à la Maison Européenne de la Photographie (MEP)

Il ne vous reste plus que quelques jours pour découvrir l’exposition Moriyama – Tomatsu : Tokyo conçue par les artistes Daido Moriyama et Shomei Tomatsu jusqu’au 24 octobre 2021.C’est chaud, moite, sexy, parfois bluffant. Une exposition qui fait voyager et interpelle.

A ne pas manquer, Mari Katayama et son projet Home Again. Elle transcende son handicap physique (amputation d’une jambe) pour le transformer en une œuvre poétique. C'est original, magnifique. Son expérience m’a rappelé le « Projet Lyx », un travail artistique mené avec l’Erosticratie sur l’érotisme d’un corps mutilé.

https://www.mep-fr.org

Merci Rose pour la recommandation


  • Pour en finir avec le couple de Stéphane Rose

Cet un essai s’intéresse au lexique du couple, aux mots et expressions qu'on utilise traditionnellement pour en parler, le défendre...

Le Pitch : « Affirmez à voix haute que vous ne voulez pas être en couple et, aussitôt, une pluie de jugements désapprobateurs s'abattra sur vous : " tu es égoïste ", " tu as peur de t'engager ", " tu vis comme un ado attardé ", " tu dis ça parce que tu n'as pas trouvé la bonne personne "... Des formules toutes faites que l'on rabâche machinalement depuis des siècles. Mais que se passe-t-il quand on confronte le vocabulaire amoureux à la réalité du sentiment amoureux, quand on se libère de ces expressions toutes faites ? »

Ce livre, facile à lire, est assez intéressant car il revisite des formules toutes faites qui pose un totalitarisme amoureux . Stéphane Rose les analyse, les décortique pour en révéler la substantifique moelle. Et c’est vrai que l’analyse fait froid dans le dos car le vocabulaire fait appel aux notions d’enfermement, de contraintes, de tristesse … Il en ressort un sentiment de passage obligatoire pour se hisser dans le monde des adultes, trouver une place dans la société, répondre aux desideratas de la famille.

L'auteur pose des constats sans être dogmatique. La solution qu'il apporte est celle-ci : restons dans le moment présent sans se promettre les grands soirs

Je vous livre quelques pépites du livre :

"Aimer quelqu'un, c'est se confronter à ses névroses"

L'amour n'est qu'un ensemble de choses qu'on attend de l'autre et de la relation qu'on forme avec lui, fruits de l'éducation, la culture, l'expérience, les goûts, les névroses et tout ce qui est à même de façonner une personnalité humaine"

S'engager, c'est projeter son amour dans la virtualité du futur, donc de ne pas le vivre dans l'instant présent, donc ne pas le vivre du tout

La future mariée qui fantasme son mariage comme le jour le plus beau de sa vie et se déguise comme une princesse le jour J, est le syndrome le plus caricatural et grotesque de cette fuite du réel dans la virtualité frictionnelle de l'amour

L'amour n'est rein d'autre qu'une affaire de bénéfices mutuels

J'envisage la sagesse comme une montagne sans sommet. L'essentiel est de continuer à grimper, rester en marche et, se caser, c'est mourir de son vivant. "

Pensez à ce que vous dites, essayez de ne dire que des choses que vous pensez et qui ont du sens. Défiez-vous farouchement de toutes les mécaniques du langage dans lesquelles c'est la langue qui pense à votre place. (Jean-Jacques Rosat)


  • MUST SEE : Le festival de performances Paradoxal

Si vous êtes à La Rochelle le 30 et 31 octobre, ne manquez pas le festival de performances Paradoxal, l’évènement le plus sulfureux de cette année.

Mais qu'est-ce que la performance, pourriez-vous me demander. Laissons le programmateur, Otomo de Manuel, en parler « La performance est un art intermédiaire qui se situe à la fois à la frontière et par delà tous les arts. Ni véritablement spectacle, ni représentation, la performance existe quelque part entre le rituel, l’intensité de l’instant vécu, la poétique personnelle et l’art dans ce qu’il a de plus brut et de plus essentiel. La performance pourrait être comparée à cette pépite d’or qui apparaît soudainement dans le tamis de l’orpailleur. Cet instant intermédiaire où tous les arts se rencontrent et se transcendent ».

Avec cette année, mes copaines Marianne Chargois, Divine putain, Olivier de Sagazan, Tarik Noui, Karelle Prugnaud ....

  • Education sexuelle pour tous sur YouTube

Sur YouTube, Esther Taillifet entame un nouveau projet : Les pillow talks.

J’ai eu le bonheur de participer à une semaine d’enregistrement d’émissions dédiées à la sexualité, à l’intimité, aux fantasmes. J’ai participé au 1er, celui qui parle des évènements sexpositif. Mais je suis également dans l’épisode dédié aux jeux de pouvoir BDSM diffusé le 31 octobre et sur celui qui parle du travail du sexe (14/11)

Épisode 1 - Le mouvement sexpo/sex+ - en ligne ici

Épisode 2 - L’entrée dans la vie sexuelle - en ligne ici

Épisode 3 - Les relations - en ligne ici

Épisode 4 - Les fantasmes - sortie le 24/10

Épisode 5 - Le BDSM: jeux de pouvoir - sortie le 31/10

Épisode 6 - Les Kinks (BDSM) - sortie le 7/11

Épisode 7 - Le travail du sexe - sortie le 14/11

Épisode 8 - Le tantra - sortie le 21/11

Épisode 9 - Désirs et plaisir - sortie le 28/11

Épisode 10 - Le sexe “vanille” - sortie le 5/12

Une discussion en live de 21H à minuit sur Twitch - https://www.twitch.tv/esthertaillifet - a lieu chaque mercredi, suivant la sortie d’un épisode. Je serai en ligne le mercredi 27 septembre au sujet des fantasmes, puis le 3 et le 17 novembre, même horaire, même chaîne. Evidement, je vous en reparlerai dans ma newsletter de novembre


Comme mon champ culturel va au delà du Q, je vous conseille quelques pièces que j’ai beaucoup aimées.

  • Happy dreams hotel d’Ellie Guillou - pour découvrir la vie rocambolesques de deux cousins kurdes.

  • La course des géants de Mélody Mourey - une vraie performance scénique où 6 acteurs interprètent 60 personnages qui retracent la vie de Jack Mancini, un astronaute pas comme les autres de la mission Appollo

  • Farm Fatale - des épouvantails animent une radio pirate dans le but que les humains prennent conscience de la fragilité du vivant


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