Le travail du sexe au cinéma et à la radio : Madame Claude, Jeanne de Berg, le bois de Boulogne...

Que faire pour les fêtes ?

Festoyer avec sa famille et ses ami.es ? Se reposer ? Et si on se cultivait sur le travail du sexe ? C’est ce que je vous propose dans cette petite sélection culture.


Commençons par un podcast, autrement dit, une émission de radio en replay.

Il s’agit d’une interview fleuve de Catherine Robbe-Grillet, alias Jeanne de Berg, mythique maitresse de cérémonie BDSM. Si j’avais déjà rencontré cette grande (petite) dame par le passé, je ne m’étais pas intéressée à sa manière de pratiquer l’Art de la domination. Quel tort ! Quelle claque ai-je prise à l’écoute de ces 5 épisodes de la vie de Catherine/Jeanne. Elle nous raconte son enfance, sa découverte de la sexualité, sa relation avec Alain Robbe-Grillet, tout d’abord comme soumise puis comme maitresse. J’ai particulièrement aimé les moments où elle parle de sa vision et de sa pratique BDSM, notamment du processus mis en place pour choisir les participant.es à ses cérémonies… Inspirant, pour les SubSpace.


Courrez au cinéma voir "Au coeur du Bois" de Claus Drexel, il ne restera pas longtemps malheureusement.

Le pitch : Dans le légendaire Bois de Boulogne, Samantha, Isidro, Geneviève et les autres exercent le plus vieux métier du monde. Entre confidences, humour et dignité, ils et elles nous emmènent au coeur du Bois.

La photographie du film est fantastique, et donne l’illusion aux spectateurs de se promener pendant les 4 saisons de Vivaldi, dans une forêt enchantée à la rencontre de personnages extraordinaires. Une vingtaine de personnes ont le courage de s’exprimer sur le métier de prostituée de rue, enfin de bois. Ce film documentaire est magnifique, les paroles déconstruisent une partie de nos a-priori et stéréotypes.

Les « tradi », comme on les nomme dans le milieu, nous racontent l’âge d’Or du bois, ce moment où l’on pouvait gagner 2000 à 3000 francs en quelques heures. Aujourd’hui, on mesure les ravages de la loi sur la pénalisation des clients de 2016. Leur chiffre d’affaire s’est effondré, et leurs conditions de travail ont été fortement dégradés. Un metier dont on perçoit par bribes la difficulté mais aussi le profond esprit de liberté.Les témoignages, qui oscillent entre solitude et destin commun, soulignent une ostracisation à tous les niveaux.

Au cinéma aussi, Une femme du monde de Cecile Ducrocq avec Laure Calamy

Le pitch : A Strasbourg, Marie se prostitue depuis 20 ans. Elle a son bout de trottoir, ses habitués, sa liberté. Et un fils, Adrien, 17 ans. Pour assurer son avenir, Marie veut lui payer des études. Il lui faut de l'argent, vite.

J’ai beaucoup aimé ce film : certes, il parle à ma fibre militante, la protagoniste est membre du STRASS et milite pour avoir des droits. C’est aussi un film tout en nuance : Marie est courageuse, déterminée, elle a aussi ses travers où la sorrorité a ses limites: elle rejette les concurrentes étrangères qui font baisser les tarifs, commet des actes que la morale réprouve. Ce que j’ai aimé avant tout, c’est de voir une femme qui choisit le métier de la prostitution sans que l’on tombe dans le cliché victimaire ou fantasmé de Pretty Woman. On voit également l’exploitation dont sont victimes les filles qui travaillent dans les maisons closes (commission élevée, pression du chiffre, cout locatif exorbitant).

Le film aborde également le thème de la parentalité : Marie se bat pour donner un avenir à son fils désorienté, sans estime de lui. L’impact du métier de la mère est peu abordé et on peut se demander si le manque d’estime du fils est en rapport avec la profession de sa mère. J’imagine que oui, ne serait-ce parce que sa mère fait le trottoir dans les rues de la ville

Le seul bémol est la scène de Marie face à son banquier : il est impossible de dire qu’on exerce le métier de prostituée sous peine d’être virée de la banque (oui, les institutions bancaires et assurantielles n’acceptent pas les TDS puisque l’argent gagné est vu comme du blanchiment)

A noter : Nissim Renard est époustouflant.


Et pour terminer, Madame Claude de Sylvie Verheyde avec Karole Rocher dans le rôle titre

A voir sur les plateformes Netflix et OCS

Le pitch : Fin des années 1960, Madame Claude règne sur Paris. En réinventant les codes de la prostitution, elle est devenue une femme d’affaires redoutée et estimée du monde politique au grand banditisme. Sa rencontre avec Sidonie, la fille qu’elle s’est choisie, sera imperceptiblement le fil conducteur de l’érosion de son empire.


Les escorts de luxe sous le joug d’une femme proxénète. Les prostituées sont de la marchandise, on les pèse, on les éduque, on les envoie parfois dans des endroits dangereux sans les prévenir. L’argent compte, l’humain, moins. Madame Claude est une machine, une cash machine. Elle gomme tout trait d’humanité pour ne pas faillir, femme de pouvoir dans un monde d’hommes de pouvoir. Elle les tient par la queue, ce qui ne sera pas suffisant pour la sauver. Mais son sort reste tout de même beaucoup plus enviable que celui de certaines de ses filles.

Le film est intéressant à regarder, il a du rythme, du glamour, du suspens.

Autre point d’intérêt, même si c’est pas Q : Fausse note, de et avec Didier Caron et Pierre Azema. une pièce de théâtre forte qui vous tient en haleine jusqu'au dénouement.


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