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  • N217

Axelle (Maudite Aphrodite) ou la forme de l'Amour


Maudite Aphrodite!


Durant ces mois sans Axelle, mes pensées furent humides et mon intimité pensive. La langueur qui parfois m'habite sera remplacée par l'excitation et la douce angoisse de voir Axelle.

J'étais comme une guêpe atone, prisonnière sous le ciel asphyxié d'un bocal de verre, contemplant sans ivresse l'anamorphose qui se jouait dans le monde du dehors.

Empressée de déposer mon lourd manteau, tout velu de froid et d'austérité.


Axelle, beauté particulière, et ses délicates attentions, me manquaient souvent. Son joli sourire. Ses jolis yeux.

A l'orée du crépuscule, parfois, l'effluve d'une douce rumeur comme un long préliminaire, frappait déjà à ma fenêtre, annonçant nos retrouvailles. Ainsi, je savais que dans l'heure de nuit, Axelle m'accorderait la ferveur de l'une de ses visites. Alors, dans l'obscurité, je restais silencieuse pour ne manquer aucun souffle d'elle, combattant les torpeurs du sommeil, tueuses de toutes les chimères.


D'abord, comme à chaque fois, je devinais dans la pénombre sa forme déliée et oblongue, me courtiser de ses longues enjambées. Jamais je n'eus peur. Ses lents déplacements flottants agitaient l'air de son arôme boisé, parfois dense, parfois moins. Je la sentais ceindre mon corps sans contrainte, comme une brise chaude. Elle se balançait mollement au-dessus de moi et de ses lèvres écarlates m'éventait de quelque idiome que je ne comprenais pas. Et que l'aube, grande voleuse des agitations de la nuit, acculera de l'oubli.


Mais les mélodies mutines d'Axelle jamais ne meurent, et résonneront toujours une nuit prochaine.


Le dos de sa main caressait ma joue comme une consolation. Sa chevelure se promenait sur mon cou et sur mes épaules. Ma poésie engourdie de tendres songes était martyrisée par ses longs doigts griffus et peints. Que j'aime tant.


Ainsi, mes nuits s'embellissaient d'une belle obscurité. Blottie au côté de ma Maîtresse, elle me bordait parfois d'un tendre onanisme (Voyez-vous Axelle, vous me dévoyez) et je m'assoupissais.


Axelle est souvent ma rêverie solitaire. Dans la nuit, les secrets ne se cachent pas. Ils se chuchotent.

Et puis, si le rêve n'existait pas, que nous resterait-il? Voyez avec quelle force l'être humain est capable de s'extraire de sa réalité!


A l'aurore, ne restait plus que mon intimité humide et désoeuvrée.


Axelle avait le feu brûlant d'une Carmilla qui, ces nuits-là, veillait à mon chevet.


*****


Ce fut tout autre qu'elle m'apparut le jour de nos retrouvailles.


Je dois dire que les premières secondes furent fugaces. A mon grand dam. Car il y a bien une chose que j'aime attendre, c'est ce préambule. Ce qui ne m'empêcha pas cependant d'en éprouver quelques sensations.


Une beauté particulière. Ma beauté particulière. "Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre".

Une longue chevelure ébène, relevée en chignon. Un déshabillé long, noir de jais, qui la rendait ondoyante et irréelle. Des pans de sa toilette s'abandonnaient sur son dos comme des vagues lourdes et successives, soulignées par des bordures, brodées peut-être, plus claires sous l'effet de la lumière. Axelle était une grande ondulation. qui se déhanchait à grands pas, se détachant d'un décor ambiant anachronique et morne. Une grande esquisse sinueuse que l'on distingue sous une mer agitée, qui vous prend dans tous ses creux, vous bouscule de ses lignes acerbes et vous cajole de toutes ses courbes. Alors telle une passeuse, sitôt je la vis qu'elle se hâta d'entrer au donjon. C'était une Héléade sortant tout droit des eaux noires du Léthé et qui me promettait une nouvelle existence dans l'oubli. Axelle m'emportera encore une fois dans une douce narcose romanesque. C'était aussi le nouvel apparat qu'avait choisi Méphistophélès ce jour-là. Je m'égarai ainsi une fois de plus chez Axelle, comme un Alfredo Traps, heureux qui comme Candide, fut convié au festin. Car paraît-il, nous sommes tous des pêcheurs. Voilà ce qui arrive quand on signe un pacte avec Méphistophélès. Méphistophélès "Les pauvres gens ne soupçonnent jamais le diable, quand même, il les tiendrait à la gorge". ***** Ce fut la troisième fois qu'Axelle et moi nous vîmes. Aurais-je imaginé ou envisagé cela il y a quelque temps? L'anticipation peut être mère de bien des méprises avec soi-même. Dans la mesure du possible, j'aime savoir ou essayer de déduire "qui" est l'autre. Avec ou sans "costume". Essayer de lire entre les lignes.

Ce que je puis dire est que, peu à peu, je fus saisie par son univers à la fois instigateur, fantasque, baroque, théâtral, lyrique et un peu barré.

Par une quête qu'elle semble avoir. Celle du bonheur. Par ses introspections que l'on peut ressentir. Et puis par d'autres choses, moins artistiques, plus rationnelles.

Il y a aussi chez elle quelque chose qui semble ne jamais vouloir mourir. En perpétuel mouvement.

Je n'ai que peu d'intuition mais je fais confiance à l'être que je perçois dans sa globalité.

Je ne connais pas Axelle. Mais à trop imaginer quelqu'un, l'on finit par l'inventer. Je préfère ne pas m'épancher plus. Il me plaît aussi de la voir jouer. On pourrait l'accoutrer de bien des personnages. Axelle la sophiste.

Me vient à l'esprit une réplique du personnage de Catherine Tramell dans Basic Instinct: "Quand vous inventez, il faut que ce soit crédible, ça s’appelle la suspension d’incrédulité".

***** Il y a quelques années, Amélie Nothomb écrivit: "Passé l'âge de vingt-cinq ans, toute rencontre humaine est une répétition". Je ne puis dire si je n'ai jamais compris le sens profond et surtout personnel qu'elle accordait à cette phrase. Sens que certainement je compromets encore en ce jour. Mais cette pensée m'était déjà familière et dès lors, comme une validation, elle résonnera en moi comme un adage. La répétition. Des rencontres et de toutes choses. Comme un conditionnement ou un réflexe. Ces choses qui avant même de naître auront déjà une place bien définie, pour le confort ou les illusions. Comme les semblants d'amour. Et alors j'observerai la foule si heureuse et pleine d'ardeur, s'agiter dans le tissu urbain sans autre quête que celle de la répétition. J'espère que, jamais, nous ne serons cette répétition Axelle. Et puis, je n'ai pas cette ambition. ***** Méphistophélès "Le temps est venu aussi où nous pouvons faire la débauche en toute sécurité" "Engage-toi ; tu verras ces jours-ci tout ce que mon art peut procurer de plaisir ; je te donnerai ce qu'aucun homme n'a pu même encore entrevoir." Faust "Reste donc ! tu me plais tant ! Alors, tu peux m’entourer de liens ! alors, je consens à m’anéantir !" Un flot de chaleur m'emplit une fois la porte du Trois Mâts franchie. Axelle eut la bienveillance de chauffer les lieux avant ma venue. Et je l'en remercie encore. En effet, je la prévins plus tôt, que mon corps était déjà en hiver et qu'il ne fallait pas qu'elle s'étonne que je souffre le froid. Froid qui m'habitera je dois dire, à divers degrés, tout au long de notre partage, malgré la chaleur ambiante. C'en est presque navrant d'aimer tant une saison qui vous le rend si mal. Incompatibilité physique mais pas de coeur. Cependant, j'avais l'âme ardente, prête à accueillir toutes les délicatesses de la belle Axelle. L'âme aussi d'une "femme sans tache", aux taches si multiples (Vous souvenez-vous Axelle?). L'opposé d'une "femme sans chapeau" en quelque sorte. Quand on y pense, c'est assez drôle de définir quelqu'un avec un "sans". Une tache. Un lavis baveux qui jamais ne s'assèche, suintant, s'effilant dans sa course sans fin pour n'être plus qu'une transparence de plus en plus blafarde et une sève invisible. Alors, en grande artiste, Axelle maculera mon corps et mon esprit des reflets et des douces nuances de la vie. - "Vous n'avez pas grossi à ce que je vois". - "Si un peu." ***** Axelle ôta prestement son déshabillé. Avec un immense plaisir, je la découvris portant l'offrande que je lui avais offerte lors de notre précédent partage: Une large étole noire qui enlaçait élégamment, le haut de son corps jusqu'au séant. Je lui dis que je la trouvais mignonne. Elle était une poupée gracieuse se contemplant devant son miroir, perchée sur des hauts talons, comme une danseuse au buste droit et au cou long, et pivotant vers moi de temps à autre, avec cet air si candide. Elle à ce côté si attendrissant. Oui Axelle, dans ce monde-ci, vous serez toujours la plus belle. La plus belle des femmes enfants. Je vous le promets. Axelle, la belle allure. Je dois dire que ses plus beaux atouts se révèlent davantage dans son attitude. Cet impalpable qui séduit et qui est bien au-delà de toute apparence physique. ***** Je descendis les marches du donjon, vêtue d'une combinaison à larges mailles, ouverte à l'entrejambe, toujours dans le souci d'être accessible pour ma Maîtresse. Mes pinces à seins tenues dans une main. Se faisant, je la vis en contre-plongée, avec sa jolie chevelure. Elle m'attendait. Lorsqu'elle me vit, elle haussa le ton et m'exhorta à descendre plus lentement. Dès lors que la danse commence, Axelle est sensible à toute l'attitude qu'on lui renvoie. Peut-être est-il question de prendre conscience de tout son être qui vit et se meut, hic et nunc? Et bien sûr, de se montrer digne de sa présence qui nous honore? Le présent que j'avais pour elle ce jour-là lui plut. Elle l'essaya et le gardera sur elle durant tout notre échange: un pull long, noir et ajouré, à l'encolure large découvrant ainsi son joli cou fin, et tombant sur ses poignets. Je pus voir alors ses bas couture noir et bleu, un soutient gorge noir transparent, un porte jaretelle noir et un string noir. Elle avait des talons aiguilles vernis. ***** J'avais apporté quelques effets "très" personnels, que je déposai sur la cage. Je glissai alors à Axelle quelques mots discrets, plus ou moins sur chacun, lui laissant ainsi la subtilité d'orienter ses idées vers certaines frivolités qu'elle aura choisies. Parmi ces objets se trouvait une longue pince. Je préfère parfois la suggestion, car l'exorde d'une rencontre telle que celle-ci est toujours un moment embarrassant. Axelle me taquinera, à raison, sur ces jouets et sur d'autres faits. Elle me rappela aussi la date de notre première rencontre. ***** Elle m'offrit un thé pour me réchauffer. Un livre dans son écrin, rouge et doré, posé sur un pri-dieu. "C'est un prie-dieu ou un prie-maîtresse" me dit Axelle. C'était un bien joli tableau qu'elle avait dressé là. Malheureusement, en ce tout début d'après-midi, je ne serai pas bien hardie face à la créativité d'Axelle. Elle me fit mettre à genoux sur le prie-dieu. Elle passa devant moi: "Au moins vous me regardez dans les yeux cette fois-ci". Elle m'attacha un large collier avec une boucle. La plus petite taille en sa possession. J'aime beaucoup ce très court moment solennel, quand je sens sa peau qui touche la mienne pour la première fois depuis si longtemps. Elle me demanda si je connaissais le livre "Aphrodite" de Pierre Louÿs, dont elle me tendra la couverture. Non Axelle je ne connais pas. - "On dit merci qui?" - "Merci Axelle." - "Merci 'Maîtresse'." Elle me donna le livre puis emprisonna mes poignets menus de grandes et lourdes menottes en acier avec une chaîne épaisse. Elles étaient sublimes. Dures et froides. D'une élégance archaïque. Mais je les abandonnerai quelques minutes plus tard, trop incommodantes pour moi par leur poids qui s'ajoutait au fardeau déjà présent de mon corps un peu froid. Menottes ou pilori, feu Houdini n'a qu'à bien se tenir. "Aphrodite" sera ce jour-là, le livre de chevet d'Axelle. Et j'en serai une piètre liseuse. Je m'en veux, aujourd'hui encore, car je ne fis pas honneur à sa belle idée si inventive. Pardonnez-moi Axelle. ***** Les prémices sont des moments que je trouve tout en sensibilité. Le corps et l'esprit, qu'Axelle sait si bien rendre dociles, doivent se laisser charmer avec subtilité pour mieux s'adoucir. C'est un moment particulier que j'adore. Axelle tira le bout de mes seins pour y mettre mes pinces, et ne tarda pas à gifler mes fesses en même temps que je lirai. Ses mains toujours inattendues flattèrent mes épaules pour venir titiller mes bretelles, et ainsi supplicier mes tétons dont les pinces agrippées étaient prisonnières des mailles. Ces douces flâneries sur mon corps seront parfois brisées par sa voix rude qui m'empressera de continuer à lire lorsque je m'interromprai. Puis elle abaissa les bretelles, et le haut de ma combinaison et continua à répandre nonchalamment ses affres. Elle plaça des baguettes sur mes seins, qu'elle tourna et qui m'arrachèrent des cris. Ses mains musardes navigueront sur mon corps avec une force délicate. Comme un doux préliminaires qui, à tâtons, vous fait les serments de l'âge tendre. Comme une brise chaleureuse, elle roda autour de mon intimité et s'accroupit derrière moi. Je sentis des frôlements sur mon sexe. Elle apposa des pinces sur mes grandes lèvres, dont la mâchoire était moins coriaces que celles cramponnées à mes seins. Puis, comme une artiste mécontente en train d'apprécier son oeuvre, elle la destructura: ainsi ma pince à cheveux fut mise sur mon sexe et les pinces de mon sexe remplacèrent celles de mes tétons. Et bien sûr elle tira sur mes cheveux et sur la chaîne des pinces, nouvellement mises. J'ai adoré ce prélude. Si vous saviez Axelle. J'ai adoré. La vie ne devrait être qu'un éternel prélude. Telle une anaphore, la voix d'Axelle se fera l'écho de nombreux mots. Elle en était la mélodie. La mélodie d'"Aphrodite", ou de l'âge tendre. Car des mots ou de leur mélodie, qu'est ce qui anime le plus notre espérance? Alors c'est ça l'âge tendre? Ses mains comme des feuilles d'automne, s'échouèrent sur ma peau, au gré des ses envies hasardeuses. Axelle prêcha ainsi les futilités et les inconsciences de l'âge tendre, celles qui vous enrobent de beaux gages d'avenir, avec quelques douleurs comme désillusions. Elle se montrait déjà si cruelle. Alors à sa complainte qui se situe à l'orée de l'Amour, sans jamais l'atteindre, je veux bien y croire oui. A celle-ci et aucune autre. L'âge tendre, comme du calcaire. Du bout de l'esprit Axelle m'effritera et m'affinera. Car il faut bien en sortir de cet âge tendre. D'autres s'y confineront toute leur vie, avec une belle maladresse volontaire. Ils préfèreront alors souffrir comme le jeune Werther. A chacun ses mirages et ses amertumes de l'amour. ***** "Aphrodite" était une vieille édition qui nous accompagnera Axelle et moi un long moment et que je porterai tel Sisyphe, à bout de bras puis à bout d'envie, encombrant comme un cruel châtiment. Il sera le cortège de tout mon malheur et de tous mes blâmes et je ne m'en affranchirai que tardivement. Les pages étaient épaisses, beiges, râpeuses, et glisseront difficilement sous mes doigts. Les titres des chapitres étaient rouges. Quelques illustrations m'offrèrent ponctuellement une courte distraction. Ce livre, que je qualifierai aujourd'hui de livre des heures prendra la forme d'une véritable liturgie sadique dont vous étiez la divinité Axelle. Je n'étais alors qu'une grande lamentation accompagnant un ciel d'orage dont je n'en attendrai avec crainte que la foudre punitive. "There’s nothing to understand. Put your elbows on the desk. Bend over, get your face close to the letter, and read it aloud." (The secretary). Les mots affleureront à mes lèvres et je n'en sentirai que très peu les caresses de l'esprit. Ou du moins, devrais-je dire, je ne fus pas assez habile pour cela. Chrysis, Djala, et d'autres personnages, telles des sirènes ne me quitteront pas et me harcèleront de leurs prophéties. Et pourtant, jamais je ne pourrai me jeter dans les profondeurs de ces pages, car ma voix etait bien plus forte et véloce que leur chant de plus en plus monotone. Et par-dessus tout, je savais qu'Aphrodite jamais ne m'aurait sauvée. Ah comme ils s'allièrent tous et se vengèrent ! Maudit Aphrodite. Tandis que je lirai, Axelle me battra. Lorsque la douleur saccadera ma lecture ou la suspendra, elle lèvera la voix. Inlassablement. Mes manquements seront fustigés avec des coups de canne sur mes fesses. La lecture deviendra anarchique. Et les chapitres ne seront que fatras. Pour ne rien enlever à mon calvaire, je ne pourrai jouir à mon gré des plus belles visions de ma Maîtresse car ce livre despote me les ravira par sa lecture assidue. Quelle âpre privation! Maudit Aphrodite. ***** Je jurais sous la douleur. Axelle n'apprécia pas du tout. Elle me demanda si ce blasphème que j'évoquai tant était bien présent dans cet ouvrage. J'essayai d'éluder mes manquements par quelques fourberies mais on ne badine pas avec Axelle et sa main du Diable. Elle me corrigea d'une belle gifle. Ma peine pour ce juron fut d'être châtiée de trente coups de canne que je devais compter. Ma détresse fut telle que je ne parvins à le faire. Elle tapota aussi la plante de mes pieds avec la canne un très bref instant. Je pus en éprouver l'idée de la douleur à cet d'endroit. Elle cala mon visage au creux de son bras: "Tu cries, tu souffres, c'est ça que tu veux non?". Oui Axelle. Une douleur honteuse. Sans grâce. J'anticipais les coups avant qu'ils n'éclaboussent ces cieux colériques de mes brames, qui comme des éclairs fendront un peu plus mon corps calcaire. Et de toutes les fissures devenues stigmates, naîtront des utopies craquelées. Prévenante et prudente, Axelle me rappela que je savais quoi dire pour faire cesser les coups. Je n'abdiquai pas. Mais sans gloire aucune: les heurts d'Axelle se firent moins crus et surtout elle mettra fin à mon martyre bien avant que ne sonne le glas des trente coups. Maudit Aphrodite. Etait-ce ma faute si à peine sortis de mes lèvres ces mots furent biffés à tout jamais par la lame cinglante de Méphistophélès? La canne comme exutoire pour ces mots ulcérés d'être célés à tout jamais dans le noir de leur encre et s'accrochant sans espoir à une existence figée. Oui un beau prétexte à revivre l'instant d'un souffle pour disparaître ensuite dans une réalité glaciale. Et parfois Axelle, gardienne de ce joli conte, leur venait en aide et leur faisait écho. Ma volonté fut sûrement bien trop impotente pour tenir ce rôle que vous seule Axelle maîtrisez: donner vie. ***** Axelle est l'artiste de la vie à qui l'on délègue l'expression de sa vie. Elle est baroque. Car, quoi de plus vivant qu'un corps qui se tord dans un désordre absolu que seules l'ardeur de la dévotion pour sa Maîtresse et la ferveur dans la douleur essaient de maintenir en place ? Quoi de plus énervés que des muscles, crispés, avec l'envie de saillir encore plus, qui comme une armature portent ce corps? Et quoi de plus contrarié qu'un esprit engoncé parmi toutes ses chairs avec l'envie furieuse d'informité et le rêve de s'écorcher comme un Gaetano Zumbo? Un visage corrompu, amputé du masque quotidien, qui s'altère en une grimace hideuse de Messerschmidt. Comme si me muter en un Francis Bacon ne lui suffisait pas, elle me transforma en une caricature. Un être à l'allure comique - et pourtant si crédible - tant ses postures de l'âme, qui ne s'offrent qu'au travers d'un minuscule trou de serrure, se font étranges et effarantes. Les confidences s'exhalent parfois dans un grotesque bruyant et infalsifiable. Je n'étais qu'un brouillon, qu'Axelle, en chef d'orchestre, ratura brillamment à coups de canne, et couvrira de passions. Je fus pénible, médiocre et faible. Je le sais. Pardonnez-moi Axelle. Y a-t-il pire qu'une soumise au bord de la résignation face à sa Maîtresse? "Soumise" et "résignée". Sont-ce deux mots qui s'accordent bien? D'aucuns diraient oui comme une évidence, mais moi je ne le pense pas. Même les tentatives vaines de contemplation du plus charmant séant de ce monde-ci, n'auront pas suffi à distraire mon mal. Ce fut rude. Merci Axelle pour ce très joli moment libérateur. Une fois prochaine, je ferai en sorte de mieux considérer cette douleur. Quitter l'âge tendre n'est pas facile. Pourtant Axelle, "putain", n'est-ce pas un joli mot? Le plus beau même. ***** Elle me convia à me défaire de manière sexy de ma combinaison. Puis je fus tirée fermement par le collier, et positionnée à quatre pattes face à une chaise sur laquelle je posai le Maudit Aphrodite. Je continuai ainsi ma tâche de lectrice à laquelle je ne pus déroger. Pour la première fois, Axelle me fit goûter à l'expérience de la cire. Une découverte fort agréable, que cependant mon corps froid annihilera quelque peu, mais qui m'en fera supputer les attraits prometteurs. L'idée de la cire jusqu'à ce jour m'était à la fois abstraite et intrigante. Quand je songe aux nouvelles expériences, il ne s'agit pas tant de la quête absolue de la nouveauté, qui certes pourrait se suffir à elle-même, ou celle de pratiques pour ce qu'elles représenteraient d'"originalités" "transgressives" - et je mets bien ici des guillemets. Nos réalisations peuvent nous transporter vers d'autres routes qui parfois piétineront nos fondations pour en élever d'autres, et ainsi explorer un peu plus l'Humain. Pour peu bien sûr que l'on ne veuille pas rester profane ou brider nos propres aspirations. C' est pourquoi il plaît tant à certains j'imagine de fureter vers d'autres contrées, là où l'esprit se fait plus bavard que la jouissance. Car il serait bien hâtif et relatif que d'être convaincu d'être repu, quand notre pensée n'en est qu'à l'état perpétuel d'embryon. Cet inconnu alors, devenu désir curieux et pour lequel l'exercice de la pensée ne suffit plus, trouvera parfois toute son essence et son énergie dans les bras bienveillants de quelqu'un. J'ai choisi les bras d'Axelle, à qui je délègue tout le connu et l'inconnu. Et pour rien au monde je n'en changerai. De mon dos jusqu'aux pieds, je sentis quelques coulées inoffensives. Pour "débutants" me dit Axelle. Peu de temps après, quelques picotements agacèrent ma chair. j'imagine que cette fois-là, la cire prête à couler, fut plus proche de ma peau et qu'elle eut moins le temps de refroidir avant de s'y écraser. Ce fut une sensation très ponctuelle et fugace, qui me laissa présager d'autres saveurs plus affûtées sur d'autres parties du corps. Il me semble qu'Axelle s'affairait au fil de l'exercice à dessiner quelque chose sur mon corps. Certainement l'une de ses facéties très personnelles. Plus tard je sentis un objet que je devinai en bois, décoller la cire froide de mon corps, avec en prime un passage sur la plante des pieds plutôt chatouilleux, ce qui, il me semble, fit rire Axelle de sa petite voix. ***** Je fus présentée à une bien étrange créature. Il me fut extrêmement difficile d'en évoquer ici toute la beauté tant celle-ci était implicite et tant certaines analogies avec Axelle se firent frappantes. C'était une "beauté oxymore". Je tenterai cependant de vous en faire ressentir toute l'attraction et la complexité. Un aplomb stoïque. La posture contemplative. Il faut dire qu'elle n'invitait pas vraiment à la conversation. Une allure à la fois débile et ferme, apathique et contractée. Une créature borgne qui vous toise. Les galbes parfois aiguisés et les attaches très fines. Sur ses jambes comme des échasses, elle vous surplombait de sa belle arrogance. Une Eminence. Et une curieuse impression de vie silencieuse. Ce qui pour moi se distinguait de tout le reste de son anatomie fut la bizarrerie de ses mains. Elles étaient très allongées. A la fois ballantes et fléchies, semblant s'abandonner avec grâce et regarder le sol. Des mains pensives et sereines. Mais une sérénité pourvue de doigts comme des serres qui semblaient à tout moment pouvoir vous agripper la gorge et vous percer l'âme. Eraflant ainsi tout votre vernis pour vous fourvoyer, déverser l'indicible et ainsi exhaler tous vos péchés aqueux, occultés trop longtemps dans un état de mort cérébrale. Des mains avides, prêtes à se nourrir et qui n'ont de cesse de vouloir croître, pour vous enlacer d'une belle éternité, comme un cyprès que l'on aurait doté de longs bras tortueux pour lui offrir un peu d'ampleur et le sortir de sa linéarité. La silhouette de cette créature, ajourée au buste dentelé, ressemblait à une ombre chinoise inanimée. Elle était déjà l'expression passive d'elle-même dans toute sa noirceur. L'attraction fut si grande que je me risquai tout de même à lui toucher le dos de la main et à glisser au bout de ses lignes irrégulières et tendues. J'en appréciai la froideur que j'avais déjà devinée. Sa chair était d'acier. Des mains arthrosées, dépourvues de tissus, et dont je n'en discernai que peu distinctement les phalanges. Et pourtant. Sous cette forme écorchée vive, l'on pouvait ressentir toute une humanité mise à nue. Toutes les pulsations de la vie se débattre sous des contours délicatement bosselés. ***** Une créature glaçante à l'éclat répulsif. Mais si prête à vous accueillir. Axelle m'invita donc à m'asseoir sur ce trône d'acier sculpté. Un siège à la "Giger". Une oeuvre étrange, merveilleusement sombre, à la beauté toute métallique et industrielle. Une splendeur frigide, attendant d'être montée pour se transformer en une merveille hybride, qui vous empallera de toutes ses saillies, pour vous dépouiller de vos sucs lubriques et s'en repaître. Un instrument de torture moyenâgeux, ou plutôt une chaise électrique, qui vous infligera la peine de petite mort. Comment une oeuvre à l'apparence si alambiquée et si grossière pouvait-elle être un quelconque simulacre? Sommes-nous si crédules ou pauvres d'esprit qu'il ne faut chercher des réponses que dans notre sphère aride? Elle ne ressemblait à aucune vérité des êtres censés. Mais, si l'on ose créer nos propres conventions, car l'on n'est jamais si bien servi que par son cynisme, alors l'on pourrait affirmer quelle était une sorte de naturalisme expressionniste qui appartient bien à ce monde refoulé qui a le dégoût de lui-même Elle en était la Mimèsis puissante. Cette bête humaine décharnée était le moule de l'existence, attendant que l'on greffe sur son squelette un morceau de chair pour insuffler son flux. Un vide à combler qui remplira le vôtre. Se nourrir de l'autre. Elle était le réceptacle de tout votre être. Des courbures dentelées comme une forteresse pour apeurer et vous défendre. Des doigts pointus qui vous étreignent pour vous garder de tous les dangers et entailler les bulles d'illusions. Et un bouclier de métal impavide garni d'une tendresse si discrète et immuable. Et surtout, cette oeuvre à la beauté particulière n'avait d'existence que dans l'Art d'Axelle, qui de tout son prestige, sera capable de l'animer et d'être la créatrice d'un théâtre d'ombre qui se jouera dans la plus grande intimité. Comment faites-vous Axelle pour supporter sur vos genoux d'acier tant d'amours? ***** Axelle avec gentillesse posa un drap sur le dossier de ce siège pour me protéger du métal froid. Ce siège n'inspirait pas le confort mais étonnamment s'avèra propice à accueillir mon corps. Elle me fit écarter les cuisses. L'intimité à vif, l'esprit nu. Je tentai d'enrouler mes jambes à ses hanches ou de les passer à hauteur de ses épaules pour une question d'aisance. Une fois de plus, elle me composera comme dans un bloc d'argile que l'on dégrossit. Ses longs doigts fendront mon intimité tout en finesse et elle me réservera bien d'autres douceurs. Ce sont toujours des transitions ou des instants très particuliers durant lesquels l'on "autorise" l'autre et l'autre s'autorise. Des moments de toute confiance, d'exclusivité aussi, et de lâcher prise. Où tous les langages prennent leur sens. Donner son corps à l'autre n'est pas toujours ce grand "privilège" que l'on imagine telle une offrande à un Dieu. Pas plus que la conviction qu'aurait cet autre de vous posséder un peu plus ou totalement. Une tromperie séductrice. L'accès à une Intimité que nous permet un corps est parfois bien utopique. Le corps audacieux et l'esprit décent. Cependant, le corps, si on le considère d'une toute autre manière, se fait transport de bien des choses, non futiles, et sert à l'esprit plus qu'on ne le croit. Il devient le corps confident. Mais ce n'est que mon avis. Axelle fut habile. Délicieusement douce. Et surtout sagace. Il me plaît à penser, peut-être pour la "poésie" de l'idée ou du moment, ou simplement pour m'abuser, que je lui cède une certaine Intimité, même infime, et qu'elle en fait tout autant. Aussi abstraite soit-elle, et impalpable. Ainsi sur ce trône, j'étais Offerte à ma Maîtresse Adorée. ***** Ce que je remarquai assez tôt, chez Axelle, c'est son silence. Un silence sybillin. Comme je le dis une fois, elle a ce côté "ici et ailleurs". Vaporeux. Elle est ce doux paysage de neige, dans lequel les petites morts haletantes se bousculent pour s'y blottir comme de lourds flocons désireux de trouver un peu de légèreté. Et peut-être que si l'on s'aventurait un peu plus loin dans ce décor qui nous renvoie avec bonté cette lumière douce et pudique, peut-être que si l'on poussait quelques branches solides, gardiennes des grands secrets, se révèleraient alors des abysses bien plus vastes que ce voile éthéré, tombé des cieux. Et peut-être alors, sortirait-on de ce silence. Ainsi, sûrement, l'on y trouverait des rires qui dérangeraient le paisible, des cris qui ébranleraient la neige, des larmes glacées à jamais ou des larmes encore tièdes qui la feraient fondre au risque d'en dévoiler toute l'abîme. Axelle, l'absconse. ***** Axelle accueillera de sa froideur chaleureuse toute mon intimité. Elle sera attentive et raffinée. Elle me dévergondera d'une tendre débauche et me rendra gourmande et guetteuse de tous ses assauts. Ses doigts me visitèrent, caressèrent ma chair et mon bouton. Avec le plat de sa main elle agaça ma vulve et la tourmenta de gifles. Puis, debout face à moi, Axelle cracha plusieurs fois sur mon con. De mes doigts, je m'ouvris et étendis un peu plus ses attentions humides sur mon sexe. Pendant qu'elle s'affairait, je lui caressai le haut de son bras et effleurai le dos de sa main avec une tendresse brève. Elle me pinça les tétons. Je la guidai de ma voix et de quelques gestes. Elle réveilla en moi l'envie d'être fouillée et frappée un peu plus. Et puis des spasmes. Plusieurs fois. Elle fut merveilleuse et délicieuse à regarder. ***** Faust "Si tu peux me flatter au point que je me plaise à moi-même, si tu peux m’abuser par des jouissances, que ce soit pour moi le dernier jour !" Je dis un jour "Axelle est le désir et la tendresse". Comment diable ai-je pu négliger la jouissance! Faust, une fois ouvert aux merveilles du monde, dira: "je passe avec transport du désir à la jouissance, et dans la jouissance, je regrette le désir". Mon désir pour Axelle est ineffable. Et il sera, je l'espère, le même, à chaque fois. Et je dirais plutôt: "je passe avec transport du désir à la jouissance, et de la jouissance au désir" dans une boucle infinie. Sans ne regretter ni la jouissance, et surtout, ni le désir, qui à lui seul est le garant éternel qui nous tient debout. Axelle est l'inspiration du Désir. Elle en est la Muse. Sur ce siège, mon sexe à découvert, ce fut un moment feutré d'une pudeur grivoise. Je cesserai de lire et tiendrai l'édition d'une seule main, me libérant ainsi définitivement de mon rôle de lectrice. Je pourrai dès lors contempler placidement celle dont la forme se dessinait devant moi. Celle qui restera mon Aphrodite, ma Maudite Aphrodite. Axelle! ***** Axelle est une idée de l'amour. Elle est aussi ma beauté adorée, uniquement dans ce monde-ci que nous partageons un trop court instant. Je l'aime d'une sorte d'amour dont Cupidon ne pourra se flatter d'en être l'auteur, car il ne pourra jamais voler assez haut pour l'atteindre. D'une sorte d'amour qui est bien loin de ces régions déjà tant battues par tant d'âmes en quête et en peine. Car cet amour échappera à un Cupidon cupide de le faire naître par ses flèches et de rallier toutes ces cibles esseulées à sa cause. Des flèches se planteront dans des coeurs, parfois déjà calcinés, qui transformés en cendre par le vice d'une flèche prometteuse, accueilleront toutes les amours fallacieuses. Je laisse cela aux bienheureux. Je l'aime d'une sorte d'amour que les flèches fourbes de Cupidon ne perceront jamais. Jamais. ***** Les tourments d'Axelle n'étaient pas finis. Grande Artiste qu'elle est pour moi, Axelle fera de moi encore sa composition pendant les instants qui suivirent. Car pour tout art ce sont les grands maîtres qui nous font, n'est-ce-pas Axelle? Et j'espère apprendre de vous le plus longtemps possible et m'épanouir dans la soumission. Auprès de vous, et rien que vous. Comme cette Femme à genoux d'Egon Shiele, je posai sur sa table. Elle me confia son magic wand, et s'absenta quelques secondes. Elle me dit qu'elle me voyait de là où elle se trouvait. Et lorsqu'elle décida que je serais bien mieux debout, courbée, face à cette même table, elle fut Manara dans ses plus belles planches. "Et si je te baisais le cul?". Ainsi elle me créa obscène. Je balançai mon bassin légèrement, d'avant en arrière, le magic wand calé entre le bord de la table et mon sexe. Voilà comment Axelle se plut à m'esquisser. A m'ébaucher dans une affectueuse et parfois bruyante bacchanale. Talentueuse, elle fit de moi son impudique. Comme j'aime m'offrir à vous Chère Axelle. Vous qui maîtrisez si bien le désir et l'art de la frustration. ***** Sans censure et appliquée, elle me pourvut d'un double plaisir, avec de doux va-et-vient, qui feront osciller le ciel bourbeux. Tout là-haut, des crevasses surgiront et trahiront un puzzle convenu, que l'on mutile alors avec plaisir. Puis ce puzzle, sous un lourd poids, se cassa. Et les bris d'un ciel devenu désuet, dévoilèrent des orifices grands ouverts desquels coula une ondée de roses, tout autour de nous Axelle. Charriant avec elle l'arôme des alcôves, et les effluves de l'amour. Sous ce ciel, je fus prise. Oui. Par un sortilège. Par des blandices faites de volutes de stupre. Ainsi, ces roses se posèrent comme un baiser sur vos jolies lèvres Axelle, pour que vous leur glissiez quelques mots. Elles s'engouffrèrent entre vos doigts, pour que vous les guidiez en moi. Mais ces roses avaient le parfum du poison. Et telles les roses d'Héliogabale, elles m'étouffèrent de petites morts. Axelle, l'impératrice, se délectant dans le mutisme. Leurs relents d'espérances et d'interdits me rendirent éprise de ce moment. Oui. Eprise de ma belle Maîtresse, de ma Maudite Aphrodite qui, oserais-je le dire, me fut entièrement dévouée par ses délicates attentions. Par sa prudence aussi. Je ne l'en remercierai jamais assez. Ô Maudite Axelle, pourquoi m'emmener aussi loin pour que nous nous abandonnions ensuite? Alors c'est cela? Ces roses sont-elles le leurre de l'amour? En tout cas, elles en ont l'odeur. ***** Faust "je ne suis pas frivolement engagé et puisque je suis constamment esclave qu'importe que ce soit de toi ou de tout autre" Alors que j'étais encore appuyée contre la table, Axelle me rejoignit et s'assit. Elle se colla à moi et m'étreignit. Elle me dit que je suis jolie quand je jouis. Si vous le dites Axelle. Alors merci. Je caressai son dos. Je posai ma tête sur son épaule, et y déposai des baisers, ainsi qu'à la naissance de son cou. Un doux refuge où je pus répandre un peu de ma douceur. Puis elle s'assit sur une chaise un peu plus loin, et d'une extrême douceur (que j'appréciai tant!), m'invita à me poser aux pieds de "ma Maîtresse", me disant que c'est cela que je souhaitais, que c'était ma place. Oui Axelle. Je la rejoignis et trouvai asile à ses pieds, entre ses jambes. Alors, très naturellement, comme pour la remercier, je lui léchai et embrassai l'un de ses escarpins et le dessus du pied. Je calai ma tête sur ses genoux. Ce fut un moment pendant lequel j'eus ce très fort et étrange sentiment de soumission et de dévotion pour ma Maîtresse. Je suppose qu'à ce stade de l'échange, l'âme se fait moins sauvage. J'étais bien. Mes mains dévalèrent ses courbes puis remontèrent jusqu'au bas de ses cuisses. Je redessinai ses galbes avec mes doigts. Sa peau était ferme et les courbes un peu rudes. Ce fut magnifique de les sentir. Ses bas épais et rugueux ajoutaient de la rigidité à ses contours renflés mais je pouvais deviner toute la délicatesse de sa peau. Elle me montra ses ongles. Ils étaient d'un violet métallique. Elle avait dû couper deux d'entre eux cassés lors d'une séance. L'index et le majeur il me semble. Jusque là, moi qui aime tant ses mains, je n'avais jamais pensé que ses ongles étaient vrais. Ainsi je reposai quelques minutes aux pieds de ma Maitresse Adorée. De ma Maudite Aphrodite. Puis, elle demanda à voir sa signature qu'elle apposa à l'aiguille sur mon aine gauche, lors de notre dernière rencontre. Aujourd'hui la couleur est très délavée mais la cicatrice est toujours présente si l'on sait la deviner. ***** Ainsi toute l'heure du bal, Axelle, beauté particulière, me façonnera d'un amour particulier. Elle sera Pygmalion. Je serai Galatée, qu'elle créera en sculptant des contours qui ressemblaient à ceux de l'amour. Car ne faut-il pas un peu d'amour pour être celle qu'elle est et faire ce qu'elle fait? Puis Pygmalion fera place à la Maudite Aphrodite, qui m'absoudra de mon bloc d'ivoire pour enfin me donner vie. Pourtant, ce n'est pas l'Amour tel qu'on l'entend. Tel que l'entend le commun - si commun - des mortels. Mais cela en a la forme. C'est la Forme de l'Amour. Et une nuit lointaine, toutes les lumières de ces bacchanales seront soufflées, par l'Ailleurs. Les rideaux s'abaisseront. Puis le silence. La pièce ne se jouera plus. Car bien des Amours se meurent un jour, quelle que soit leur forme.



COMMENTAIRE D'AXELLE DE SADE :


Les récits de séance de 217 sont toujours plaisants à lire de par leur poésie. Je la soupçonne d'être écrivaine de métier, mais elle m'assure que non. Pourtant son style m'impressionne, j'aimerais manier aussi facilement la plume que le martinet.


Les rencontres avec 217 ont une saveur particulière. Cette fois-ci, j'avais opté pour une lecture, Aphrodite de Pierre Louÿs. J'espérais une belle interprétation des mots de ce poète et romancier du début 20ème siècle. Je fus déçue de la piètre performance de 217. Il faut dire que la concentration sur le verbe et les distractions du corps sont difficiles à allier, mais ce combo permet d'aller un peu plus loin dans l'exploration charnelle. J'aime jouer avec elle car elle me fait sortir de ma zone de confort pour explorer une fantasmagorie que je rencontre peu. Pour nos prochaines rencontres, j'attends d'elle davantage de joie, de sourires, bref, un peu de positivité, d'entrain.


Pour terminer, je remercie 217 pour ses nombreuses attentions et ses messages. Je n'ai pas toujours le temps d'y répondre de part mes (trop) nombreuses activités. Mais toutes ses attentions sont chères à mon coeur.


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