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  • N217

Axelle ou Le Porn'Onirique

Axelle ou "La meilleure fille du monde"

Axelle ou l'Anatomie de l'Amour

Axelle ou Les Aubades Pornographiques

"Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvai par une forêt obscure"


Lors de mes errances routinières, il m'arrive de faire d'étranges rencontres. Ce ne serait pas un poncif que de dire que c'est lorsqu'il est noyé dans l'ennui que notre esprit se plaît à fuir. Parfois comme un fou. Dévalant les dédales d'un décor souterrain aux galeries clandestines dans lesquelles par endroits se blottissent des secrets.

Notre monde est un curieux musée dans lequel s'exposent ou se pavanent en toute discrétion quelques natures presque mortes à l'intérieur desquelles grouille la vie silencieuse.

Malgré leur tentative de séduction et de belles postures à l'équilibre souvent douteux, ces natures abîmées, désarticulées ou fourbues, ne sont souvent pas très jolies ni avenantes. Inanimées, les couleurs flétries comme celles de leur cœur et dans une apparente désuétude.

Parfois embusquées, à l'appui contre un mur ou éparses sur le sol, elles guettent un passage. Alors au moment opportun, cette petite meute jouera dans une éloquence muette sa plus belle scène figée tel un mime immobile. Avide d'être seulement contemplée et qu'on lui conte une histoire. La sienne.

Des beautés manquées. Entreposées ici et là dans la scénographie de la vie.

Un jour, je me trouvai sur le chemin d'Axelle. Une beauté particulière à l'allure éthérée dont j'hume de temps à autre l'effluve des rares moments que nous avons partagés.

De nature morte, de femme avortée, je passai alors à autre chose. Je m'animai enfin. Quittant ainsi le monde de la vanité si dense et pourtant si frelaté par la vacuité, pour rejoindre celui d'Axelle: ce Théâtre de la Cruauté qui dans tout votre chancre vous hurle sa nécessité. Celui qui vous secoue l'âme. Celui qui vous cajole de sa tempête.

A la pensée de ce que je vais tenter de relater ici je suis encore bouleversée.


*****

Ce jour-là, la chaleur était accablante. Un présage probablement car je ne tarderai pas à sortir de ma candide ignorance. J'allais entrer pour la première fois de mon existence dans le plus brûlant, et le plus troublant des Enfers qu'il ne m'avait jamais été donné de visiter.

Là où tout n'est qu'incandescence et indécence. Là où le corps sursaute et se cambre à s'en tordre l'âme. Un lieu dans lequel suinte un plaisir licencieux qui hurle et rosse de ses échos les murs qui rougeoient.

Ainsi, les lendemains de ces frénésies escortent l'aube d'un réveil étourdi et endolori par quelques stigmates, vous offrant l'acharnement des tendres réminiscences et leurs confessions désinvoltes qui se confient à vos oreilles comme une délicate torture. Et qui vous rappellent ce que vous n'avez plus depuis quelques heures.

Je subirai la gueule de bois d'une profane qui s'est enivrée trop vite de grâces étourdissantes et qui n'a pas su doser tout l'amour qui lui avait été offert.

La mémoire, ce puits nostalgique dans lequel les esprits arides puisent jusqu'à l'assécher, s'épargnant les relents d'une réalité étique.

Dans cet Enfer où règne en juge Minos, ni aucun homme, ni aucune femme, ni même aucun animal, n'aimerait souffrir les caprices de cette Géhenne car son châtiment est féroce.

L'Enfer tient toujours ses promesses envers les amoureuses hérétiques comme moi.

Je me souviens de ce jour Chère Axelle. De votre humeur si truculente et si folâtre ce 13 août.

*****


La veille de notre rendez-vous, pour la première fois, je fis part à Axelle avec sincérité de quelques préférences que je souhaitais aussi dans la mesure de ses envies.

A bien y réfléchir, comment aurait-il pu en être autrement?

Certaines de mes aspirations seraient bien orphelines et vaines sans Axelle. Certaines ne seraient même pas nées. Et qui plus est, ce sont des jolies choses que je n'imagine et que je ne veux vivre qu'entre ses bras. Elle est mon petit secret que j'affectionne tant.

Savez-vous Axelle que mes nuits changent parfois de couleurs et se teintent de rose lorsque je vous vois onduler derrière mes paupières closes ?

Des pensées lascives se querellent avec ma pudeur et la taquinent de leurs caprices. Ecartant mes cuisses et forçant le passage de ma continence pour y loger la concupiscence. Et trouvant l'achèvement dans un nid de libation qu'offre mon sexe sanglotant. Frustré de votre absence.

*****


Mes émotions un peu endormies et des envies quelque peu éventées, j'étais lasse dans un monde dans lequel je me sens parfois métèque.

Un cloporte réprouvé, entre les quatre murs d'une chambre. Une pomme flanquée dans le dos.

Inhibée dans mon lit de formol, l'heure était venue de m'en extirper pour glisser vers un doux transfuge et rejoindre tous les heurs et malheurs qui me sont promis à chaque fois dans les bras de mon Adorée.

J'avais hâte d'être à nouveau ébahie.

Tandis que je marchais en direction de la Bonbonnière, décidée, j'entendais par-delà le ciel lumineux, les plaintes d'un théâtre mort :

- "Tu ne peux pas quitter la scène ainsi !

- Je n'ai rien pour te nourrir et je ne peux me nourrir de ce que tu m'offres. Tu rumines et tes mets sont gâtés. Qu'as-tu à m'offrir hormis des plats sclérosés? Je suis repue de tes imitations. Et vois-tu, aujourd'hui est le jour de mon rendez-vous galant. ELLE m'attend. Tu n'as qu'à m'attendre toi aussi. Sois-en sûr, je vais revenir. ".

J'étais prête pour mon procès.

Ainsi l'âme clopante, je me dirigeai vers la Porte de l'Humanité.

*****

"Lorsque vous passerez la première porte, vous trouverez un masque sur une poignée. Vous le mettrez et me direz lorsque vous serez prête." (Axelle)


Masque sur les yeux, j'étais fébrile.


Derrière cette porte s'ouvrirent des abysses sombres et mystérieux.

Il s'y donnera en spectacle un sabbat des plus convulsés, qui deviendra le plus grand jour de fête de ma destinée embrumée et démunie de fastes. Et bien plus, ils appelleront à les rejoindre, mes rêveries noctambules et solitaires.

Ces lieux, qui à l'aube se dépeuplent et qui dans un crépuscule usuel et devenu morne récidivent dans le rythme d'inlassables refrains.

Dans l'usure de fantasmes ressassés.

Dans cet espace vide et aphotique, perceront des étincelles de bacchanale. Des foudres de gourmandises dont me gargarisa Axelle, qui m'étaient bien étrangères jusqu'alors et dont je le sais, je ne pourrai plus jamais m'absoudre.

Au réveil de cette épopée, je serai métamorphosée.

*****

"Je peux prendre n'importe quel espace vide et l'appeler une scène. Quelqu'un traverse cet espace vide pendant que quelqu'un d'autre l'observe et c'est suffisant pour que l'acte théâtrale soit amorcé" (Peter Brook. L'espace vide.)


La cérémonie commença. L'heure de l'excommunication et de la confession. Je serai jugée comme un pauvre nuisible au Moyen-âge, coupable de mes mœurs délictueuses et par dessous tout de n'être qu'un songe-creux.

Face à moi se tenait Minos. Très près. Je sentais sa chaleur et ses frôlements.

Des gestes se succédèrent. Très vite, il me fit lever les bras, m'appuya les mains sur quelque chose que je devinai être une poutre. Impérieux et avec habileté, il souleva ma robe noire et la retira. Ota mon soutien-gorge, mes collants, ma culotte rouge.


Le corps tendu dans un équilibre peu convaincu, j'abaissai les bras. Mes mains sur ses épaules puis sur son dos s'échouèrent nonchalamment, lissant une chair douce du bout des doigts. Une sensualité corrosive qui vous affleure.


Il m'exhorta avec douceur à reprendre ma position.

"Vous n'avez pas l'air très habillé" lui dis-je.

Une voix mutine gloussa.

Axelle était nue.

Aujourd'hui encore, et peut-être à jamais, des blandices comme des rapaces n'ont de cesse de parader, dessinant tout autour de moi les cercles de l'Enfer. Plus âpres que les rayons du soleil qui, dans cette obscurité lubrique, vous brûlent les pupilles et vous astreignent à clore les yeux pour vous assiéger un peu plus.


Ce fut un prologue qui augurait une fresque dont aujourd'hui encore je peine à croire de sa véracité. Mais ses flagellations quotidiennes et l'absence, ne manquent de me le rappeler.

Aujourd'hui encore, et peut-être à jamais.


*****


Elle me conduisit dans une salle de bain.

Un doux flux et reflux m'emporta.

Dans un coin de cette douche, son corps de Néréide avec une force étonnante, plaqua et pressa ma silhouette gracile. Me privant ainsi de mouvements. Ses contours s'emboitèrent dans les miens.

Dans ce corridor obscur, Axelle, magistrale, me guida à l'orée d'un maelström dont je sentirai d'abord les premières éclaboussures de stupre avant, plus tard, d'être avalée dans sa strate la plus profonde.


Saisie d'étonnement, le trouble m'enroba ainsi qu'une envie saillante de gestes tendres, très vite suspendue.

Une douleur vive, très aiguë. La veille de cette noce, je partageai à Axelle une longue missive dans laquelle étaient posées quelques confidences. A cet instant, je compris.

Mon bouton, qu'Axelle tenait entre ses doigts, accusa un violent pincement persistant. Une morsure figée sur sa prise telle une sangsue affamée, collée sur ce petit téton, jusqu'à l'étouffer d'une petite mort certaine. Un étau qui imposera le plaisir sans controverse.

Cette piqûre, qui vous rappelle que la volupté est douloureuse si elle confiée entre les mains d'Axelle, juge des Enfers.

Pour enserrer un peu plus mon sort, un serpent se faufila et se cala entre son sexe et le mien, crachant son venin de manière discontinue. Ma vulve fut accablée d'un jet de douche acerbe qu'Axelle tenait fermement entre son pubis et le mien. J'ondulais. La souffrance et le plaisir s'entremêlèrent de secousses.

Axelle dans cette emprise, fut délicieusement agile et harmonieuse. Mes chimères qui ont coutume de peupler mes rêveries s'avéreront bientôt surannées face à la pensée très sapide d'Axelle ce jour-là.


Prestement, elle sortit de la douche et quitta la salle de bain. Elle me convia à me laver et à préparer ma tenue avant de me présenter à elle, toujours masque sur les yeux.


Ce courant qui me charria dans ce maelström sera mon refuge et comme les poissons je viendrais y trouver ma nourriture, tout au long de ce bal.


*****

J'ôtai mon masque.


Au dehors, une petite voix ingénue servait une aubade. Du Camille lellouche (« N’insiste pas" me semble t-il).

A présent seule, je découvris la salle de bain. Des carrelages dans des tons marron ou beige . Un porte serviette assez large en bois très léger.


Face à la douche, deux petites affiches, chacune à l'intérieur d'un cadre noir, étaient suspendues.

Des reproductions d'illustrations invitant votre regard. Elles faisaient penser à des gravures gothiques d'un temps archaïque, vous aspirant dans une contemplation qui s'interroge. Ou, avec un peu d'imagination, vous rendant spectateur d'un art peut-être bien maléfique.

Une robe noire en dentelle, très courte, avec un petit col cheminée. Un léger décolleté et une large ouverture oblongue aux fesses.

Il n'est pas toujours aisé pour moi de choisir mon costume d'apparat. C'est parfois déjà un parti pris. Une toilette peut être bien révélatrice de ce que nous livrons de nous-même, ou de ce vers quoi l'on tend, même en tâtonnant. Elle est un message.

Alors parfois j'oscille.


J'ai toujours à coeur d'honorer toute l'ardeur qu'Axelle offre à nos rendez-vous galants. Des rendez-vous durant lesquels chacun donne une partie de lui-même, même infime, mais totalement.


*****

"Le théâtre est l'arène où peut avoir lieu une confrontation vivante" (P. Brook)


Dans ce théâtre de la cruauté, chaque joute avec Axelle est singulière. Elle me fascine et me provoque d'insensées prosodies sur lesquelles j'apprends à louvoyer au fil du temps.


Avec elle, je suis comme une enfant: peu avisée des désenchantements et si facilement égarée et éblouie à l'aube si naïve de toutes les beautés du monde.

Oui, elle m'époustoufle. De ce souffle de vie dont ma sève appauvrie se gorge.

Et je sais qu'un jour, la mue venue, ces douces chevauchées devenues lointaines, que les hivers successifs acculeront à l'oubli, seront dévêtues: il n'en restera alors plus que l'émotion dont bien plus tard je n'en distinguerai plus jamais les prémices.

Toutes ces émotions Axelle, lorsqu'elles seront glabres, alors surement je les habillerai à mon tour d'un exergue et de jolies fables. Ainsi toutes les heures de mes nuits libertines, je les couvrirai de mon manteau velu d'histoires dont vous serez l'héroïne pour ne pas qu'elles se sentent trop orphelines. Je les chérirai.

Car elles auront toujours vous, Axelle, pour berceau.


Il faut bien nourrir notre fièvre pour la garder ardente.

Qui prend soin des souvenirs?

Le temps?


*****

"Dans un théâtre vivant nous aborderons chaque jour la répétition en mettant à l'épreuve des découvertes de la veille prêt à croire que la véritable pièce nous échappe une fois de plus" (Peter Brook, “Le théâtre vivant”, L'espace vide)

Cette comédie humaine, nous l'écrivons ensemble Axelle. A chacune de nos rencontres, dans un élan nouveau. Elle nous extirpe de cette aliénation du monde pour nous en offrir une autre bien plus poétique et authentique.


Cette intrigue qui se rejoue, comme une pièce de théâtre que l'on maltraite et dont on renoue et dénoue tous les liens pour les confondre et en créer d'autres. Cette douce idyle comme une histoire sans fin, et qui n'est jamais tout à fait la même.

Qu'il est doux pour moi de simplement revivre à vos côtés. Avec un bagage un peu plus lourd à chaque fois.

Nous avons parfois l'audace de vivre ces rencontres comme des romances, quand bien même elles ne durent que quelques heures.

Qui sont donc ces tendres personnages romantiques comme vous Axelle, à l'apparence roide et joueuse, à qui l'on délègue nos somnolences. Cette tourbe du fond de laquelle nos échappées secrètes se font si bruyantes et que vous seule semblez entendre.


Quel est cet invisible occulte, à peine humain car si rare, qui vous agite tant? Cette appétence pour l'Autre? Et cette envie de secouer les lâches velléités qui se plantent dans chacun de nous.

Même si je parviens parfois à vous lire, je ne lèverai jamais ce voile sybillin.

A chacun ses mystères.


Le BDSM est une discipline équivoque et complexe qui ripe entre les mains d'un esprit médiocre. Il est avant tout un Art subtil, infini et parfois si obscur, même pour les aguerris. Et vous servez si bien cet art Axelle.


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Dans cette salle de bain, entremêlée dans ma robe dans un désopilant méli mélo, je menais un combat des plus grotesques, avec mon porte-jarretelles rouge et mes bas noirs. Repue dans ma lutte et contrariée, j'abdiquai toute volonté de les porter.

Je n'étais qu'un pauvre poisson déjà entrelacé dans les filets de ce maelström.

*****

"La danse: c'est la métaphore exacte, une valse entre le metteur en scène, l'acteur et le texte. La progression est circulaire et quant à savoir qui mène la danse, cela dépend du point de vue duquel on se place " (Peter Brook, “Le théâtre immédiat”, L'espace vide)

Axelle, vous la ballerine, durant ce bal sybarite, j'aime à vous voir de vos longues enjambées traverser les bolges de votre Enfer sans trébucher.


Durant ces heures de gala, j'aime à vous voir si volontaire, faire des entrechats par-dessus ma mélancolie et mon abjuration, qui sitôt qu'ils fleurissent, s'altèrent en un humus fertile pour m'assaillir un peu plus.


J'aime à vous voir, les voilant tel un ombrage et leur faisant la nique en esquissant entre vos pas quelques lueurs sadiques.


Axelle, vous l'Artiste que j'aime à deviner. Vous qui aimez les fantaisistes, les dilettants, les engagés, les créateurs, les rieurs, les joueurs, les rebelles, les convaincus, les bienveillants, les paisibles, les réfléchis. Les vivants.

Vous, si raffinée. Et si naturelle.

Vous qui aimez L'Humain.

Vous êtes un grand Puck espiègle. Mon grand méchant loup. Une beauté baroque. Ma beauté particulière.


Pour toujours.


****


Dans un sursis, je me cramponne aux quelques semaines ou mois qui précèdent notre rencontre. Et je vous espère Axelle. Attendant que tel un oiseau, vous vous déposiez de nouveau sur mon automne aux branches dégarnies comme mon unique feuillage. Et que vous redonniez un peu l'épaisseur de la chair à mon âme anémiée.


Les faux poètes soutiennent que la vie est dense. Nous laissant penser que finalement ceux qui ne savent pas la lire sont un peu cons ou trop pauvres de ne rien y voir et de ne rien saisir de ce qu'elle offre pourtant de si beau et de surcroît avec tant de bonté.


Un "bonheur insoutenable" où tout vient sans volonté humaine. Un postulat que l'on nous afflige.


La vie est farouche et sait se montrer avare de partage. Il y a un art pour toute chose. Alors peut-être existe-t-il un art de la séduire que j'ignore? L'on a beau aimer la tendresse, les simples caresses ne suffisent pas à la rendre docile. Alors il faut y mettre un peu les formes. Des formes aux arêtes tranchantes.


Il faut avoir les bras bien longs pour l'embrasser de toute cette ambition. Mais les miens, Chère Axelle, sont suffisamment fuselés pour vous serrer sur mon cœur. Et dans ce monde-ci, c 'est comme si la terre entière venait à moi sans pudeur.


****

Dans la salle de bains, plusieurs fois, j'avisai Axelle que je n'étais pas prête.


Masque à nouveau sur les yeux, je sortis enfin.


"Tout ça pour ça", me dit-elle.

Me contournant, elle découvrit que l'arrière de ma robe était ouvert.


Un peu gênée, je lui expliquai mes tentatives chronophages et assidues pour enfiler mon porte-jarretelles. Alors elle décida de m'aider et alla le chercher. Elle trouva dans mes affaires une cagoule noire toute en dentelle et me l'enfila aussitôt par-dessus le masque. Dans mes déboires alambiqués dans la salle de bain, je n'avais pas osé la mettre.

"Vous avez d'autres choses à accrocher?"


Tandis qu'elle m'apprêtait, un peu gauche, je levai les jambes. Je dois dire que l'obscurité n'aide guère à l'équilibre. Etonnée, elle me dit qu'un porte-jarretelles est pourtant une chose facile à mettre et qu' "à ce niveau là, c 'est plutôt une question de mobilité".

Elle me fit mettre à genoux, jambes écartées. Elle me rappela que cela fait 2 ans que l'on se connait.

Il aurait été plus juste de dire 1 an et 9 mois.


Dans mon sac à malices se trouvaient quelques effets très personnels que j'avais emmenés. Ces tendres objets sont parfois bien plus bavards que nous.

Entre autres friandises, s'y trouvait un jouet dont je lui dis qu'il était vierge de tout usage et dont je passerai les détails.


Et un autre que je n'étais pas parvenue à prendre en main. Elle m'avait prié de l'apporter. Masque sur les yeux, elle m'invita à tâter l'intérieur de mon sac pour le trouver. Il était en forme d'arc, mauve. Une fois sorti, intriguée, elle me demanda d'en mimer la pose sur ma bouche en l'entrouvrant pour en comprendre le fonctionnement.

Nous abandonnâmes très vite l'idée de l'utiliser. Elle me dit qu'elle était pourtant habituée à manier ce genre d'objet mais que celui-ci ne semblait particulièrement pas maniable.


Qu'importe. Elle en avait un autre.

Dont la seule pensée m'embrase.


****

Axelle me fit part quelques jours plus tôt que Jeanne de Berg l'avait inspirée pendant ses vacances. Je m'empressai alors de lire Cérémonies de femmes.

"Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation".


Ce ne fut pas Jeanne de Berg mais Pierre Louÿs dont je me souviens les sévices lors de ma dernière rencontre avec Axelle. Celle-ci me tourmentant de coups de canne. Un châtiment cinglant dont je ne me montrai guère digne ce jour là.


Axelle me demanda quand est ce que je m'étais masturbée la dernière fois et la manière dont je m'y prenais.

J'étais à genoux. Elle me donna du gel et m'intima d'introduire un plug dans mon fondement.

Elle me conta les 22 préceptes cocasses et bien peu moraux je dois dire, de ce manuel, qui se succédèrent les uns après les autres.


Deux d'entre eux retinrent mon attention :

On ne dit pas : « Mon con. » Dites : « Mon cœur. »

On ne dit pas : « Elle jouit comme une jument qui pisse. » Dites : « C’est une exaltée. »

Mon esprit peu à peu, se mit à dandiner comme un serpent charmé par les vibrations de cette mélopée, et s'ondula autour de ces notes de perversion. Au rythme de cette comptine lancinante, les mots et leur sens se dissipèrent comme des échos lointains qu'une brume lubrique étouffait.


Axelle promena un doigt habile sur ma vulve et dorlota délicatement mon petit bouton qui enflait. Je posai alors ma main sur la sienne et la pressai à l'intérieur de moi.

Elle introduisit un dildo dans ma bouche, puis ses doigts. Je sentis ce goût amer de gel que je n'aime pas.

A mon tour, ma main sur mon sexe battait cette douce mélodie et se déhanchait sur mon bouton.

Au terme de la lecture, Axelle m'annonça qu'elle allait reprendre le début de chaque précepte que je devais alors compléter. Je fus prise au dépourvu.


Lorsque je fus incapable d'en retranscrire certaines parties, elle accabla mes fesses de cinq coups de cravache. Je devais alors répéter la bonne réponse plusieurs fois. Il va sans dire que j'essayai quelques improvisations pour compenser mes égarements.

Lorsque ma mémoire ne me fit pas défaut, elle gifla mon sexe 5 fois.

Je dois dire que nous avons bien ri.


Crédule, aurais-je dû je penser que tout ce moment n'était encore qu'un prélude qui augurait une suite des plus étonnantes ?


Je n'imaginais pas à quel point elle allait rendre mon "coeur" si "exalté".


****

"Il existe aujourd'hui une nouvelle façon de jouer sincèrement qui consiste à vivre toute chose par le corps c'est une forme de naturalisme." (P. Brook)


Elle me demanda de m'allonger sur le dos et d'écarter mes jambes. Je peux dire que l'indicible a son propre langage. Celui du corps. Dans ce maelström je plongerai dans une tourbière de délices dont les remous humides au contact de cet Enfer, déchaîneront des vapeurs blasphématoires.


Minos de sa queue, comme les coups cruels d'un fouet, pointera mes impiétés et me fera descendre les cercles de l'enfer. Il exaltera mes péchés inhibés les plus honteux et s'immiscera dans toutes mes brèches.


J'étais la bienvenue dans Dité.


Mon regard sous cette cagoule rendu infirme, aurait pu vous deviner en une divinité marine, Axelle. En Gorgone terrifiante. Mais les parcelles de cette dentelle esquissaient la silhouette agitée et saccadée de celle que je reconnus si bien.


De ma Maudite Aphrodite.


Axelle agaça mon clitoris qui tressaillait un peu trop.

Alors mes mollets repliés contre mes cuisses, furent enserrer fermement d'une corde, de telle sorte que je ne pouvais joindre mes genoux. Mes jambes ainsi écartées n'éprouvaient pas l'inconfort. La manière, certainement non hasardeuse dont elles furent attachées, leur permettait ainsi de se maintenir dans une sorte de flottement sur lequel elles prendront appui.


Axelle emprisonna mes poignets dans des menottes.


"Comme par hasard vous avez les poignets les plus fins du monde"


Alors, elle utilisa une corde, ou une sorte d'étole ou de tulle peut-être, , plutôt fine, qui cédera un peu plus tard.


****

Dans ce qui suivit, je vécus une véritable Chimère dans les mains philanthropes d'Axelle.


Une Chimère que nous envieraient bien des anges déchus et repus de nous offrir dans leur impuissance et leur résignation un monde dystopique percé de flèches de plomb. De tendres chérubins, bien incapables de nous faire rêver.

Le rêve n'est-t-il pas ce merveilleux et insondable Népanthes? Ce remède à une vie parfois si maladive. Et la réalité frigide n'est-elle pas sa source? Tout comme vous Axelle, êtes la Muse du Désir et de bien d'autres choses que je devine tout aussi précieuses.


Lorsque je vous rêve Axelle, lorsque les crépuscules poignent, lorsque le monde se renfrogne sous l'existence froide, alors se dessine au loin un essaim de gouttelettes dont je ressens les nuées chaudes souffler sur mes joues et haleter de plus en plus fort à mesure qu'elles se rapprochent, leurs humeurs du soir à mon oreille.

Pour ensuite m'enlacer de leur nappe vertigineuse repeignant le ciel de promesses volages qui nourriront mon esprit tari, le temps d'une nuit.


Des promesses qui renaîtront certains lendemains et survivront aux clartés désuètes d'un ciel bleu aguicheur.

Ce jour-là, Axelle vous revouvrîtes ce ciel d'un lavis aux couleurs crues et chaudes.


****

Elle toucha ma vulve, taquina mon petit bouton, visita mon con de ses longs doigts et avec l'un de mes jouets, faisant des va-et-vient.


Et puis de l'acier s'acoquina à ma chair. Un bec de métal amabile s'immisça dans l'ouverture, pour s'ouvrir au fond de mon intimité.


Un spéculum.

Placé dans mon antre qui devint ainsi plus accueillant et qui fut prêt à recevoir toutes les délicatesses d'Axelle. Il sera l'endroit où la pudibonderie sera éconduite et dans lequel l'insolente concupiscence s'exilera.


Un liquide à la température plutôt élevée se déversa dans mon creux. Une sensation chaleureuse et piquante. Un instant, je pris cela pour de la cire.


Axelle de sa bouche fit couler du thé dans ma fente.


"C'est un bon entraînement à l'uro" me dit-elle

J'étais un calice recevant les libations de l'Enfer. Une hérésie.

"J'ai même glissé un doigt à côté du spéculum. Que diriez-vous si j'y mettais des billes?"


Dans cette obscurité et cette intimité de plus en plus moite, Axelle me parlait beaucoup de sa petite voix. Elle est ce grand cygne noir stoique, glissant élégamment dans le silence tonnant, dérangeant la monotonie d'un lac qui rêve de quelques reflets sur sa robe.

Alors à son passage ses ondes qui s'égarent vous bousculent, vous charment et vous charrient jusque dans l'abîme onirique de son anamorphose qui s'étale et vous encercle.

Axelle retira le spéculum. La leçon d'anatomie n'était pas terminée. Elle avait l'âme ardente et si fervente.

Pendant de très longues minutes avec une douceur vivace, deux doigts foulèrent mon mon sexe. Ils se promenèrent dans ma fissure et titillèrent mon point G.


"Et si je te faisais squirter?"

Mon con loin d'être éprouvé par tant de griseries et embelli par ces égards, se fit de plus en plus soûl.


"J'ai mis les 3 doigts d'une main et deux doigts de l'autre"


Accompagnant ses gestes de sa voix badine, elle fut guetteuse de mes soubresauts, de mon souffle et de mes mots. Si intuitive. Et si appliquée. Si chère à mes délices et à mon cœur apostat.


Avec mon jouet des doubles plaisirs, elle s'enfonça dans mes orifices.


Les mots me sont trop ternes à l'heure où j'écris pour tenter de figurer toutes les saveurs de ces sentiments d'abandon et de délégation auxquels je goûtai ce jour-là.

Mon bouton, pas encore résigné, devint plus susceptible.


****


Comme un organe, l'acier se greffa à nouveau sur mes chairs.


Un écarteur se fixa sur ma vulve, comme une méduse qui dans ce tourbillon déplia ses tentacules, accolant fermement chacune de mes petites lèvres à chacune de mes grandes lèvres. Prête à me piquer de tout son venin.


Axelle me prévint de la douleur lorsque l'écarteur serait retiré.


Dans cette obscurité, alléchée par les promesses de la lune, ma candeur fut prise dans ce piège lumineux où la luxure se fit éclatante. Elle sera épinglée comme un papillon exhibé dans une boîte entomologique.


Je me découvris dévergondée et exhibitionniste, et vous vous fîtes voyeuse. Je fus une fois encore votre impudique.


D'Isopode je me métamorphosai en insecte. Je fus l'objet d'étude de ma maîtresse, taxinomiste ou mante religieuse, dont je continuai à être le festin de quelques heures.


Peu importe les saisons, la mienne fut à contre-courant, comme celle du chrysanthème. Ainsi, à l'orée de l'automne et de ses renaissances, mon con fut ainsi écartelé et offert à mon Adorée. Un insecte aux ailes déployées, prêt à s'envoler.

Un lépidoptère cloué dans sa posture d'envol. Figé dans un simulacre de liberté. Un doux paradoxe dont Axelle prendra le plus grand soin. Et je l'en remercie.


Lorsque je retrouverai plus tard mes quatre murs, je fermerai les lourds volets qui me séparent du monde, et je vous rêverai, une fois de plus, dans la pénombre, en une Sidse Babett Knudsen et dans bien d'autres personnages. Car je suis si fétichiste de vous Axelle.

Et à dire vrai, il y a dans nos partages une vérité que je ne pourrai jamais trouver que dans nos douces symphonies, et qui ne peut se jouer dans nul autre monde que ce petit théâtre de la cruauté.

Dans ce monde alternatif.

Car tout autre monde est beaucoup trop infirme pour accueillir les ruses et les subtilités si fugitives de la vie, que vous savez honorer.

****

- "Vous pouvez me toucher le clito?"

- "Si je te touche, tu vas jouir très vite."


Aujourd'hui, mon esprit est marqué à jamais par les coups que lui assénèrent ces douces limbes de l'Enfer. Emportées par un Styx enivré, Axelle fut mon guide dans cette catabase des plaisirs.


Entre ses doigts, elle froissa les chairs alentour de mon bouton impatient. Des bourrelets comme des vagues se formèrent sur lesquels Axelle navigua avec sagacité.


Dans ce gouffre orgiaque, je chavirai ainsi entre les laves capricieuses d'un fleuve maudit telle une épave à l'inertie indocile, culbutée par une houle de stupre. Refusant de gagner la vaste étendue lointaine d'un monde sans remous et où l'ennui s'allonge sans vergogne dans une plénitude factice.

Conjurant Cerbère et boudant le cruel Orphée qui m'attendait là-bas sur la rive et que je rejoignis plus tard. A regret.


Mon bourgeon trépigna, comme un volcan prêt à cracher. Avec un Magic wand, Axelle émoustilla les zones adjacentes à mon petit bouton. Elle me le mit entre les mains mais je ne pus le maintenir suffisamment longtemps tant il glissait.


J'étais dans une dérive de jouissances moribondes et de râles anarchiques, qui disloquèrent de leurs spasmes cette mer rouge tiraillée, la scindant en son sein pour révéler l'arcane d'une hystérie latente dans laquelle mes rêveries solitaires ont coutume de musarder.


Axelle cracha sur moi.

Ma pudeur martyrisée fut souillée par la débauche, la luxure. Et l'amour.

La stimulation incessante de mon bouton et de son pourtour le rendit très sensible

- "On peut faire une pause?" lui demandai-je

- "Il n'y a pas de pause. Mais un stop"


Elle s'avança vers mon visage puis pinça mon téton gauche. La forte douleur anesthésia quelques secondes l'inconfort qui me suppliciait.


Les petites morts se firent de plus en plus timides et s'effacèrent peu à peu.

Combien de cercles dévalai-je cet après-midi là, je ne saurais le dire.

Mais dans cet Enfer j'aurais souhaité être ce cyprès qui résiste si bien au feu et continuer à me consumer d'amour dans cette liturgie dantesque.

Entre vos bras Axelle.

Il était temps de quitter Dité.


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J'étais un péché bercé dans les mains diaboliques d'une incube nommée Axelle, posée entre mes cuisses.


L'âme ballante dans un espace vide, lestée d'un corps répudié et affalé sur le dos dans toute sa langueur somnolente.

Et puis l'écho d'une voix mutine me tourmentait au-dehors d'aubades pornographiques, qu'empreignaient la tendresse et des assauts qui me convulsaient de quelques frissons délicieux et ramenaient mon corps à la vie de temps à autre.

Les genoux pliés. Le buste gonflé. La tête renversée en arrière, flottant dans une gravité lâche, qu'un cou volontier offert à un oupyr maintenait. Les mains touchant terre. Un corps atone, qu'une chute immobile glissait dans l'omission.

Si l'on savait le hourvari que peut être le silence, alors l'on serait bien étonné du silence qui habille les foules si bruyantes.


Oui. Le silence a un bruit. Et vous savez si bien l'entendre Axelle.


J'étais un péché sans volonté de contrition. Et je vécus un merveilleux Cauchemar dans votre petit théâtre de la cruauté.


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"Quant au lethé tu le verras ailleurs c'est là que les âmes vont se laver après qu'elles ont racheté leur faute" (Dante. L'Enfer)

Elle me demanda de baisser la fermeture éclair de sa robe.


- "j'ai les mains sales." lui dis-je

- "Parce que vous pensez que je vais garder cette robe sur moi?"


Puis, elle s'empressa de me dévêtir entièrement et me conduisit sous la douche.


Son corps nu était contre le mien. Ma jambe contre son pubis. Mon con déjà bien ouvert fut pénétré par de vifs mouvements.


Je lui embrassai les épaules et le cou.

Puis, elle ôta ma cagoule.

Je découvris alors pour la première fois ce jour-là son visage. Souriant, avec cet air juvénile que j'aime tant. Ses fines lèvres écarlates et ses yeux rieurs.

Une peau brunie par le soleil.

Elle est si craquante.

"Vous êtes jolie" lui dis-je


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"Je peux vous toucher?"


Je caressai sa peau. Je mis entre mon pouce et mon index son téton rose, un peu foncé. Le serrant très légèrement.

Je passai ma main sous le galbe de son sein.


Puis je la déplaçai vers la droite.


Au détour de boursouflures se dressait une longue fissure m'invitant à la suivre. Alors je longeais des doigts et du regard son empreinte qui courait et qui, véloce, s'esquiva derrière son dos.

Une longue entaille, telle une esquisse semblant fuir la main d'un artiste fossoyeur, pressé de mettre un point final à son oeuvre et que le trait inspiré d'un destin morbide étirait. Une entaille, récusant un explicit comme épitaphe à son histoire et préférant la griffe caressante du Phénix.